Un meurtre jamais élucidé...
(Affaire non résolue)

Elle s'appelait Anaïs Marcelli. Elle avait 10 ans. Le 14 janvier 1991, elle a été enlevée à la sortie de l'école, à Mulhouse, puis assassinée. Depuis, ses parents et les enquêteurs cherchent la vérité. Rappel : Ce 14 janvier 1991, la cloche sonne à l'école primaire de la rue du Nordfeld à Mulhouse. Il est 18 heures. Anaïs, élève de CM2, range ses affaires dans son cartable violet à bandes fluo, puis sort dans la rue avec un groupe de camarades. Il fait sombre et un froid sec : 5 degrés. Anaïs n'a que 700 mètres à parcourir pour rejoindre le 2 rue de Zurich, où elle vit avec sa mère, Martine et son beau-père, Jean Marie.

Depuis décembre elle rentre seule à la maison car, a-t-elle décrété : "Je n'ai plus peur, je peux revenir toute seule". Anaïs rattrape Frank, Nicolas et Simon, trois camarades de classe. Ensemble, pour s'amuser, ils sonnent à plusieurs portes dans la rue de Stalingrad, avant de détaler comme des lapins. Anaïs dépasse Frank à la hauteur du 13 de la rue de Bâle. Elle ne parviendra jamais au bout de cette ligne droite qui devait la conduire chez elle. Et aucun témoin n'a vu le ravisseur d'Anaïs. Tout s'est donc passé, en pleine ville, en quelques secondes...

A la même heure, dans l'appartement d'Anaïs, Martine, sa mère, est déjà rentrée du travail. Son compagnon, Jean-Marie Blum, est occupé à préparer des plats cuisinés. Une journée comme les autres...pour l'instant...! A 18 heures 30, Martine s'inquiète du retard de sa fille. Elle se rend à l'école, avec son chien. A son retour, toujours pas de signe de vie de la fillette. Martine repart avec Jean-Marie...en vain...Anaïs est peut-être partie chez son amie Sophie. Hélàs non...

Les parents d'Anaïs, Patrick Marcelli et Martine...
Le commissariat central est alerté vers 19 heures 30. Les policiers téléphonent aussitôt au père d'Anaïs, Patrick Marcelli, domicilié à Soultz, à une vingtaine de kilomètres de Mulhouse. Anaïs n'y est pas. Aussitôt c'est l'alerte. Des contrôles routiers sont mis en place et le signalement de la petite fille est diffusé à toutes les patrouilles : "Rechercher fillette âgée de 10 ans, visage rond, cheveux châtain clair, mi-longs, yeux bruns, jupe plissée marine, collants rouges, anorak bleu-turquoise, bottes en daim fourrées..."

Rarement la police aura mené des recherches aussi intenses et sur autant de fronts à la fois. D'abord l'enquête de voisinage, en commençant par la famille. Puis des battues organisées avec des bénévoles. Le canal du Rhône-au-Rhin est dragué plusieurs fois, puis vidé complètement. Des milliers d'affiches sont apposées en France et à l'étranger. A l'appel de la fédération des chasseurs, des milliers de personnes fouillent tout le département. Aucune trace d'Anaïs, aucun signe du ravisseur.

Les parents de la fillette ne mangent plus, ne vivent plus : "Je me demande comment ma petite Anaïs arrive à s'endormir sans moi", s'inquiète alors Martine. Elle est convaincue que sa fille a été enlevée par un réseau de prostitution enfantine. De telles rumeurs ont circulés dans la région. Mais tout s'écroule après trois mois et dix jours d'angoisse : le dimanche 21 avril 1991, un couple de randonneurs découvre le corps d'Anaïs, au col de Bussang. Etrange lieu, à la limite du Haut-Rhin et des Vosges....

D'emblée, l'enquête s'avère difficile. Ainsi, l'autopsie révèle peu de choses, sinon que l'enfant est morte asphyxiée. Les médecins légistes ne peuvent pas préciser la date du décès. Le juge d'instruction, Germain Sengelin, avec la section criminelle de la sureté de Mulhouse, va alors se lancer dans une enquête à jamais pratiquée en France. Avec toujours ces questions : pourquoi Anaïs a-t-elle été assassinée ? Acte d'un déséquilibré ? Règlement de comptes interne ou externe à la famille ? La fillette a-t-elle été témoin de quelque chose qu'elle ne devait pas voir ?

C'est derrière ce petit muret que le corps a été retrouvé...
Réactions, attitudes, contradictions, trous de mémoire de chacun de ces acteurs réels, tout est ensuite disséqué par les enquêteurs et un psychologue. Le magistrat instructeur multiplie également les vérifications sur ce qu'il appelle "les cercles de proximité", c'est-à-dire tous les témoins ayant eu une chance de croiser la route d'Anaïs le soir de sa disparition. Les proches ne sont pas épargnés. D'abord Martine, la mère, qui doit raconter sa vie privée aux enquêteurs : comment après son divorce avec Patrick, le père d'Anaïs, elle est tombée amoureuse d'un garçon qui se détruisait à l'héroïne (il mourra d'ailleurs d'une overdose). Elle sombre alors dans une dépression grave.

Quelques semaines avant le drame, Anaïs fêtait ses 10 ans...
C'est là, à l'hôpital où elle se repose, qu'elle rencontre Jean-Marie Blum, un brave homme courageux qui devient son compagnon. Martine comprend que les policiers ont absolument besoin de tout savoir, de tout connaître du passé de chacun. Pour être totalement disculpé, Jean-Marie Blum doit passer par une enquête des plus minutieuse sur sa vie. 300 perquisitions sont effectuées dans le quartier, toutes négatives. L'enquête ne débouche sur rien...!

Lettres anonymes...
Jusqu'au jour où un journaliste de TF1 Patrick Meney, reçoit une lettre anonyme, tapée à la machine à écrire, modèle ancien, mécanique, pour revendiquer le meurtre de la fillette. Le journaliste explique : "Ce présimé assassin a eu besoin d'écrire pour se confier. Cet homme à une volonté évidente de dire ce qu'il a fait, soit par regret, une sorte de souffrance, soit par défi. De plus je venais de publier un livre sur les assassins d'enfants, ouvrage qu'il a lu. Fait exceptionnel cet "assassin" a envoyé d'autres courriers."

Sa première missive, il l'avait adressée dès le 27 mars 1991 aux élèves de CM2 de l'école de Norfeld, l'école d'Anaïs. Il prétendait y donner des nouvelles de la petite, affirmant qu'il la détenait, qu'elle était toujours vivante. 7 mois plus tard il écrivait à l'émission "En quète de vérité" sur TF1 à la suite d'un dossier sur l'inceste. Il se présentait comme étant un spécialiste des enlèvements de fillettes. Il y révélait des détails hallucinants sur le monde de la pédophilie et sa propre perversion. L'homme écrira à nouveau le 1° mars 1993, jour de la première de l'émission "Perdu de vue" de Jacques Pradel. Un appel est lancé au public concernant Anaïs. Dans son courrier, l'homme revendique une nouvelle fois l'enlèvement et la mort de l'enfant. Ensuite cet homme ne se manifestera plus jamais. Peut-être est-il mort...sachant que dans ses lettres il disait "être vieux"...?
Face à cette énigme hors pair, faut-il des méthodes également hors du commun ? Le juge le pense. Il a mis uen place - autre première judiciaire - ce qu'il baptise "le Groupe Anaïs". Dans ce groupe, sous la direction du juge, on trouve un psychologue, spécialisé en sexologie, des experts scientifiques, notamment en biologie, en anatomie, des médecins, mais aussi les parents de la fillette, leur avocat et bien entendu les policiers ayant en charge le dossier. Ensemble, régulièrement, ils mettent à plat tous les éléments sur l'affaire. Depuis la découverte du corps, le Groupe Anaïs (au total 15 personnes) se réunit tous les 15 jours au dernier étage du Tribunal de Mulhouse.

Le Groupe Anaïs
Pourtant, malgré toutes ces années d'investigations, l'enquête s'aboutiera à rien...! Alors pourquoi cette absence de résultat ? L'assassin est-il un tueur hors du commun ? Un homme capable de déjouer toutes les recherches de la police ? C'est probable car tout est diabolique chez lui, depuis ce rapt en pleine ville, aux heures d'affluence, commis en quelques secondes, sans être vu, jusqu'à la restitution du corps, qui gardera son secret ...

Le juge Germain Sengelin
Septembre 2002 - Le juge d´instruction de Mulhouse (Haut-Rhin) a décidé d´un nouveau non-lieu dans le cadre de l´enlèvement et du meurtre de la fillette.
Un premier non-lieu avait été ordonné en 1997. Une nouvelle information judiciaire contre X avait été ouverte en février 2001 pour vérifier les déclarations d´un détenu nééerlandais mettant en cause Michel Stocks, chauffeur routier d´origine belge écroué aux Pays-Bas.

Michel Stocks
Le 25 septembre 2001, ce dernier est mort accidentellement brûlé vif dans un atelier de la prison où il purgeait une peine de 20 ans pour les meurtres de trois enfants. Selon les éléments de l´enquête fournie par la police néerlandaise, il aurait confié avoir commis un crime contre une fillette à Mulhouse. En octobre 1991, le service régional de la police judiciaire (SRPJ) de Mulhouse avait vérifié la piste de ce dernier sans qu´aucune preuve ne puisse être apportée contre ce tueur en série.
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