"Comment aimer un enfant mort...?"
Première moitié du procès...
(Certaines photos sont celles des différents articles de presse parus à l'époque.)

Les méfaits des journalistes...
Dans le box, Jean-Marie Villemin parle avec toute sa conviction du drame qui l'accable et de ce qu'il vit depuis 9 ans, entre la justice, les journalistes et le meurtre de Laroche, l'homme qui selon lui, a assassiné son enfant. Le Président l'écoute. L'assistance imagine son calvaire. Mais ne se met pas à sa place. Personne ne peut...Jean-Marie dira : "J'avais du chagrin dans les veines...". L'assassin, lui, a toujours le goût du sang de Grégory dans les siennes...!

En parlant de journalistes, il n'est pas un secret que de dire le malheur qu'ils ont apporté dans cette contrée vosgienne lors de l'enquête. Vol de photos chez les témoins, vol de photos sur la tombe de Grégory, comportement troublant lorsqu'ils se faisaient passer pour des policiers, mensonges téléphoniques chez les principaux protagonistes, manquement professionnel, "fausses" photos comme celle d'une couronne mortuaire qu'un journaliste avait jeté à l'eau faisant croire qu'une main anonyme l'avait mise dans la Vologne. En attendant on gagne de l'argent. Peu importe le cliché. Ca se vend...

Les journalistes ne sont et ne seront jamais des justiciers comme ils voulaient bien le faire entendre...Chacun son métier...Là où ils ont raison, c'est quand ils s'attaquent à l'abstrait, au flou, au "pourquoi pas"...là, ils ont une chance sur deux...plus facile. Sur le crime de la Vologne ils avaient une chance sur 10 milliards...moins facile. Comme cette rumeur que ces chers pigistes ont fait courir que Laroche était l'amant de Christine. Remarquez, Marie-Ange Laroche lors de l'émission télévisée de Guillaume Durand, affirma n'être nullement convaincue du contraire. Dans le doute on s'abstient...

Ce jour du 16 octobre 1984, lorsqu'il reçoit un coup de téléphone, alors qu'il est à son travail, lui indiquant que son fils a disparu, il s'étonne encore aujourd'hui qu'il eut la certitude de connaître le ravisseur. Il prendra une arme, et partira désespérément à la recherche de son fils. Un peu plus tard dans la soirée, un pompier lui apprendra la terrible nouvelle. "Ce n’est pas possible, ce n’est pas possible !" se souvient-il de ces paroles et des cris de sa femme Christine qui résonnent dans la nuit. Quand il ira reconnaître le corps, à Lépanges, il s'était juré, en voyant Christine dans un état second : "Je tuerai celui qui a fait cela à mon enfant.". Le Président l'écoute encore, avec un peu plus d'attention...L'assistance chagrine cette mort...

Puis Jean-Marie explique son geste envers Bernard Laroche. Murielle Bolle n'avait-elle pas, le 5 novembre 1984, accusé son beau-frère et ce à plusieurs reprises, sans aucune pression des gendarmes..?. Alors elle rentre chez elle et se rétracte le lendemain. Et par contre, dans sa famille, elle ne reçut aucune pression par contre...?. Il continue en expliquant qu'il lui a fallut plusieurs "essais" pour aller abattre Laroche. Qu'il savait, qu'il ne savait pas s'il devait le faire. Puis il y a eu l'accusation sur Christine comme étant le corbeau. Alors il le ferait...


Christine rendant visite à Jean-Marie à la prison de Saverne...
Il explique l'achat du fusil, en famille avec Christine qui signera le chèque. La visite à la clinique, où Christine était hôspitalisée, l'arrêt au cimetière pour aller voir son fils, le retour chez sa belle-mère...le départ sur Aumontzey...le coup de feu... Puis il parle de la presse. Les attaques, les rumeurs rendant responsable Christine Villemin de la tragédie : "Le soir elle pleurait. La journée nous nous maîtrisions car il y avait l’enquête. La nuit, on pleurait." Et puis cette phrase : "les médias ont fait plus de mal que le juge Lambert".


Le juge Lambert et le procureur Leconte.
Des journalistes ont souillé la mort de Grégory. Jean-Marie raconte les promesses de voyages aux Etats-Unis négociées par "le Parisien", des photos de Grégory dérobées, les présents déposés sur sa tombe. On marchait sur les morts et "c’était les parents de Grégory qui ont été accusés de faire ça. Ce n’est pas vrai !" lâche-t-il, meurtri. Le président Ruyssen lui-même n’en revient pas, tant de telles pratiques paraissent inadmissibles. Pourtant, Jean-Marie raconte comment il a connu Jean Ker, journaliste à "Paris-Match".

Michel et sa femme Ginette sortant de la gendarmerie de Bruyères.
Le jour où on écouta la cassette de l'audition de Murielle Bolle expliquant le moment où ils ont enlevé Grégory, puis ceux d’une conversation avec le juge Lambert. Jean-Marie la haine dans l'âme, fait part au journaliste de tuer Laroche. Les journalistes font part aux gendarmes que Jean-Marie va tuer Laroche. L'effet boule de neige, ne fait pas, pour une fois, son effet...Laroche ne sera jamais "protégé"...dommage...et on connait la suite...!
Le père de Jean-Marie arrive le premier : "Je m’appelle Albert Villemin, père de Jean-Marie". Albert, soixante-trois ans, raconte en un quart d’heure l’enfance et l’adolescence de Jean-Marie, qui se passa relativement bien. "J’étais heureux, j’avais un chez-moi, pourtant, la famille Jacob n’était pas satisfaite, le père Jacob me reprochait souvent la mort tragique du père Villemin, Gaston"

Gendarmerie de Xonrupt, fief du juge Simon.
Le baptême de Jacky aussi s’est mal passé : "Je pleurais et comme toujours, je ne montrais rien mais j’avais le poing serré dans la poche." Puis il dit : "Jean-Marie a souffert énormément." Puis il se défile quand Jean-Marie lui pose des questions. Il répondra par l'intermédiaire du juge tout en évitant les regards de son fils. Michel interviendra également et son épouse Ginette : "Monsieur le Président, on ne peut pas dire ce qu’on ne sait pas."

Monique et Albert Villemin.
Monique, la mère, apparaît. Comme tout le monde se plaît à le dire, elle connaît beaucoup de choses qu'elle ne veut pas dévoiler. Et elle ne dévoilera encore rien... Monique Villemin affirmera qu'il n'y a pas d'autres "bâtards" et que jamais elle n'a trompé son mari. Le corbeau, lui, pense le contraire... Elle se met à pleurer et elle demande des tests de paternité pour ses enfants. Le président questionne.

Le 14 septembre 1989, un témoin "secret" arrivera à la gendarmerie de Xonrupt pour être interrogé par le juge Simon. On apprendra par la suite que c'était Marie-Christine Jacques, l'épouse de Gilbert Villemin.
Michel et Ginette Villemin étaient les plus proches voisins de ses parents, et le corbeau fournissait des détails extrêmement précis sur les parents Villemin lors de ses très nombreux appels, le président demande : "Mais enfin madame, qui peut à la fois voir ce qui se passe autour de chez vous et savoir que votre mari ne se lave qu’à l’eau de Cologne ? Ça limite les possibilités, non ?" Il n'y aura pas de réponses cohérentes. Elle s'exclame : "Je serais honteuse d’aller sur la tombe de Grégory si je cachais quelque chose. Je n’ai jamais menti, je le jure !"

Michel Villemin à gauche.
Toute de la journée, on parle du corbeau, à qui est attribué quelques 1000 appels anonymes accablant les Villemin. Au cours de l'audience il apparaîtra que Michel Villemin était jaloux de l’entente entre ses parents et d’autres de ses frères et soeur. Il était fasciné par le mot "bâtard", et l’exclusion s’y rattachant. Le corbeau prenait toujours la défense de Jacky, comme s’il voulait diriger les soupçons sur lui.

L’hypothèse d’une culpabilité de Bernard Laroche a bien sûr été évoquée. Il fréquentait assidûment Michel Villemin dont l’audition est prévue demain matin. Les auditions de la famille Villemin n'apprendront rien de probant. Sinon que la jalousie faisait partie intégrante de cette région de la Vologne. Compte tenu de la façon dont se sont comportés les journalistes, cette journée leur fut à moitié consacrée. "Jean-Marie était dans une tourmente monstrueuse, il était tiraillé sans cesse par les journalistes", reconnaîtra Gilles Ouaki tout en demandant pardon à Jean-Marie.

Bernard Laroche et Marie-Ange
L'arrivée de Jean Ker était attendue avec curiosité et envie. Tout ce qui touche à "Paris Match" et paraît-il toujours attendue avec intérêt. Son rôle est très controversé. Tout le monde sait, que la veille de l’assassinat de Laroche par son cousin Villemin, le journaliste passe une partie de la nuit avec l’accusé et sa femme Christine. Il leur fait entendre les enregistrements des procès-verbaux des interrogatoires de Murielle Bolle, la nièce de Bernard Laroche.

Celle-ci accuse Bernard Laroche d’être l’assassin, avant de se rétracter. "En entendant ça, dit Christine Villemin, on a eu l’impression de voir partir Grégory." Aucune suspicion pour les deux parents. Entre ce qu'ont dit les gendarmes et ce que vient de leur faire entendre le journaliste, la situation est plus que claire : Laroche est bien l'assassin de leur fils. Voyant qu'il a très certainement été trop loin, Jean Ker tente de dissuader Villemin de se faire justice. "Tu nous remontes à bloc et tu nous empêches de le faire !" lui confie Christine.

Jean Ker
A ce point-là des témoignages, on se dit que le procès d’une certaine presse va débuter. Et c'est un petit coup de tonnerre qui se produit. Neuf ans après les faits, Jean Ker affirmera quelque chose d'incroyable. Il raconte que, le 23 octobre 1984, neuf jours après la mort de Grégory, il se rendit chez Louisette Jacob, la tante de Jean-Marie Villemin, pour avoir des renseignements sur la généalogie de la famille. « Arrive alors, dit-il, un homme que je ne connaissais pas, avec un tee-shirt, qui semblait se lever du lit.

Le juge Simon et Louisette Jacob.
On discute, je parle des "Villemin", il se met à taper du poing sur la table, les yeux exorbités et crie : "Les salauds de Villemin, je ne les plains pas, ils ont payé pour ce qu’ils ont fait. Ils peuvent crever". Jean Ker croyait même que Laroche allait lui taper dessus. Et Laroche aurait ajouté : "Ils m’ont toujours mis de côté, le dimanche je n’allais pas dans leur maison. Il n’y a que pour les corvées que je suis bon, je suis le pauvre con, on ne me rembourse que mon gazole.". Les mots sont les mêmes que ceux du corbeau...!

Lors de la reconstitution du meurtre. Avec Maître Garaud.
Quand on connait les rumeurs et toutes les conneries dont sont friands les journalistes on se demande si Jean Ker ne déroge pas à la réputation de ce métier. Pourquoi révéler ses infos 9 ans après...? Jean Ker explique que personne ne voulait l'entendre. Ce qui n’a pas empêché le même Jean Ker d'en reparler dans les couloirs du palais de justice, devant les caméras de télévision. Il dit qu’il a bien entendu Laroche "cracher son venin sur les Villemin, dire que ce qui leur arrivait leur était bien fait". Il sera appelé de nouveau à la barre, avec d'autres révélations comme il l'a laissé entendre.

Le dernier témoin à passer à la barre, a été le commandant de gendarmerie Etienne Sesmat. C'est lui qui était chargé de l'enquête et des premières recherches des indices matériels, dont je tairais l'aboutissement désastreux avant qu'il ne donne le témoin au juge Simon. Les rumeurs disaient qu'il n'aimait pas Laroche pour des raison semie-politiques et syndicales. Les rumeurs tueront encore... En revanche, le commandant Sesmat reconnaît qu'il a de la compassion envers Jean-Marie Villemin et la douleur qui l'étreint. Il dira qu'il avait prit les mesures necessaires pour protéger Laroche...Ah bon...?! Les "Jean-Marie" qu'il lance en se rattrapa en disant "Monsieur Villemin" témoignent bien de l'affection qu'il porte envers le père de l'enfant. Peut-être lui aussi comprend t-il le geste maladroit de l'accusé...

Le capitaine Sesmat.
Jusque là, le procès ne nous a rien appris, sinon que l'on est pas prêt d'en savoir plus...! Les magistrats essaient de mettre de l'ordre là où il y en a pas...D'ailleurs il n'y en aura jamais. La partie civile demandera une nouvelle expertise sur les poumons du petit Grégory, afin d’y rechercher des micro-organismes du type de ceux que l’on trouve dans une rivière comme la Vologne. Un expert a été désigné et devra rendre ses conclusions le 1er décembre prochain. Ce complèment nous apprendra peut-être quelque chose de nouveau.

Ou rien...comme d'habitude dans cette affaire... En fait, on ne retrouvera pas de traces de minéral, encore moins de végétal de cette eau. Curieux...!
Le prétoire du Tribunal verra le corbeau refaire surface. C'est de lui qu'on reparlera encore. Comme pour faire éclater la lumière que ses ailes, jusqu'à aujourd'hui, empêche de transparaître. Alors on va faire appel aux souvenirs, déjà trop enfouis dans les mémoires de chacun....

Bruno Magron est à la barre qu'en même temps il est la première amourette de Christine Villemin en 1975. Il expliquera ses émois, sa rupture, son mariage avec Marie-Claude Nicolle. Quelques années plus tard, les coups de téléphone du corbeau vinrent perturber sa ligne téléphonique en même temps que sa femme et sa belle-mère, toutes deux ayant travaillé avec Christine Villemin. En février 1983, Mme Colette Nicolle, sa belle-mère, reçoit un coup de fil lui annonçant un accident de sa fille et de son gendre.

La première a, soi disant, les deux jambes cassées, le second est dans le coma. Cet accident n’a bien entendu, jamais eu lieu. Mme Nicolle affirme avoir reçu chaque semaine ainsi trois appels sans qu’elle parvienne à identifier son interlocutrice, la voix étant manifestement celle d’une femme. Depuis toujours elle croit que Christine est l'auteur de ces appels. Marie-Claude, sa fille, quant à elle, est régulièrement insultée, traitée de "salope" pour avoir "pris" Bruno Magron, celui qui sera son futur mari.

"Etes-vous l’auteur de ces appels anonymes ?", demande le président Ruyssen à Christine Villemin, qui vient de prendre place à la barre ? "Non, dit-elle sèchement, je n’avais aucune raison. J’ai rompu avec Bruno Magron fin 1975 et je connais Jean-Marie depuis 1976." Maître Welzer, pour la partie civile, demande à son tour s’il est vrai que ses relations ont continué avec Magron pendant que Jean-Marie Villemin était à l’armée entre 1977 et 1978.

Murielle Bolle.
Allez messieurs les avocats, faîtes encore traîner cette puanteur déjà devenue insupportable...! Bien sur qu'ils n'ont pas eu cette relation extra-conjugale, pourquoi ressasser cela encore, toujours...? Ce n'est pas cela qui désignera si Jean-Marie aura des circonstances atténuantes. Bruno Magron affirmera que oui, ils eurent des relations quand Jean-Marie était à l'armée...Il ne reviendra jamais sur ses déclarations. Christine Villemin niera de toutes ses forces. On entendra Maître Garaud crier : "La boue, la boue !"

Marie-Ange Laroche et Maître Welzer
"Depuis 1984, on me cherche un amant. Sans arrêt. Depuis que je connais Jean-Marie je ne l’ai jamais trompé. C’est lui mon confident. Mon amant. Il faut arrêter tout ça !" expliquera Christine excédée...Jean-Marie Villemin se met de la partie : "Ces mêmes avocats n’ont pas les mains propres !"

Et la guerre des avocats fait et refait surface. Qui de l'un va le plus salir l'autre... Maître Welzer semble étonner de ces dépositions contradictoires : "Qui des deux ment ?". Il comprend peut-être les raisons qui ont pousser Jean-Marie Villemin à tuer Bernard Laroche, mais cet avocat ne comprend pas que cet évènement de la vie du couple Villemin, datant d'il y a 7 ans, vient voir avec cet assassinat...Depuis les Villemin eurent un enfant et quant bien même c'était vrai, que vient faire le meurtre de Laroche dans ce prétendu "cocufiage" de jeunesse...?
La voix du corbeau se fait entendre dans la salle du Tribunal. Quatre experts viennent la faire "comprendre", par le biais de cassettes, aux magistrats et aux jurés. L'assistance écoute...encore...La voix paraît fluette au début et devient rauque. Le diagnostic des experts semble se rejoindre sur un point. Il semble que ce soit la voix d’une femme dont la parole peu à peu se modifie. La déclaration de M. Liénard, directeur de recherche au CNRS est claire : "C’est plus proche d’une voix de femme que d’une voix d’homme." Il est précisé aussi qu’en la matière il n’y a pas de méthode fiable. Malgré cela, le doute est encore présent...et le sera toujours.

Arrivée au tribunal.
Deuxième moitié...
Christine devra raconter les évènements de la soirée du 16 octobre 1984 quand elle a apprit la mort de son fils. Pleurs, dégoût, amertume, haine...tous les sentiments y passent. Douloureux souvenirs...

Le président Ruyssen veut manifestement tout minuter sur les horaires de ce jour néfaste. Ce jour-là, le 16 octobre 1984, Christine Villemin quitte son travail à la manufacture de confection vosgienne de Lépanges-sur-Vologne à 16 h 52. Elle se rend au volant de sa R5 noire chez Christine Jacquot, la nourrice, aux Gais-Champs pour récupérer Grégory et prendre le chemin de son pavillon dans les hauts de Lépanges. Après avoir mis un bonnet à Grégory, elle le laisse jouer devant la maison près d’un tas de sable.

Marie-Ange Laroche.
Pendant ce temps, elle effectue du repassage, en précisant qu'elle commence par le blanc, dit-elle, tout en écoutant la radio, R.T.L.. Elle ne pouvait surveiller Grégory se trouvant elle-même dans une pièce fermée à l’arrière de la maison. De 17 heures 01-02 à 17 h 20-22, elle certifie n’avoir rien entendu d’anormal, puis commencant le repassage des vêtements de Grégory, elle décida d'aller le chercher afin qu'il rentre. Elle part à sa recherche autour de la maison, puis à l’intérieur, se renseigne auprès de son voisin, Gilbert Méline, qui balaie les gravillons sur la route.

Le juge Lambert.
Mais en vain. Elle monte, de ce fait, dans sa voiture pour retourner chez Madame Jacquot, puis chez un copain de Grégory, Aurélien Parisse. Elle fait demi-tour, revient chez elle, passe devant la ferme des Claudon, où elle est bloquée par les vaches de la fermière qui rentrent à l’étable. Le fils, Christian Claudon, chauffeur de ramassage scolaire, revient de son travail avec son car, se trouve bloqué également par les vaches et rentre dans la cour de la ferme. Il est alors 17 h 32. Et...21h15...

Le président Ruyssen et l'avocat général Jacques Kohn.
Christine Jacquot, la nourrice, viendra à la barre. Elle parle de Grégory, comme étant un enfant docile. Elle confirmera à la Cour que l’enquête des policiers du SRPJ de Nancy, en 1985, qui voulaient lui faire dire que Christine Villemin avait eu une liaison avec un autre homme, était malsaine et déplacée. Mais Christine Jacquot est interrogée sur une petite phrase que lui a confiée Christine Villemin : "Si tu savais ce que j’ai pu endurer pendant toutes ces années..." La nourrice situe ce propos alors que la jeune femme est partie chercher Grégory chez elle aux HLM Gais-Champs à 16h55.

Albert et Monique Villemin.
Personnellement, je ne vois pas pourquoi Christine aurait dit cela à ce moment. Même si Christine devait kidnapper son fils, cela n'aurait fait qu'éveiller les soupçons. C'est justement une phrase qu'il ne faut pas dire. La présence d'esprit de Christine l'aurait fait taire. Christine Villemin prétend que non. Ce n’est, selon elle, qu’après l’appel anonyme reçu par son beau-frère. Ce qui est extrèmement important. Si l'on considère que cette phrase a été dite avant que l'on connaisse l'enlèvement de l'enfant, Christine aurait été mêlée de plus près à cette affaire...beaucoup plus près...!

Christine Jacquot
Sylviane Parisse, la mère du copain de Grégory apparaît à son tour à la barre. Elle aussi affirme que les policiers voulaient à tout prix que le couple Villemin ait des relations "bizarres". Jusqu'à se faire passer pour des journalistes...Monsieur Méline, à son tour, dira d'une voix timide: "On le connaissait très bien Grégory, on l’aimait beaucoup et il jouait avec nos petits enfants."

Marcelle Claudon toujours sûre d'elle : "J’en ai déjà fait des dépositions !". Le président Ruyssen se voit reprocher, quelques instants plus tard, de ne pas tenir ses dossiers à jour (voir les excuses de Ruyssen). N’a-t-elle pas communiqué à la justice toutes les lettres anonymes, celles qui ne sont pas signées, que sa famille a reçues ? La famille Claudon est la cible de Maître Garaud qui ne croit pas à sa sincérité.

Il est vrai que Mme Claudon avouera bien après le drame que, le 16 octobre, elle était passée devant la maison des époux Villemin pour aller chercher ses bêtes et qu’elle se trouvait dans la voiture de Claude Colin, côté passager, pour aller à son champs de pature. Parce que Claude Colin, contrôleur d’une société de transport, le supérieur hiérarchique de Christian Claudon, n’aurait pas dû se trouver à Lépanges ce jour-là, devant effectuer un autre travail. Monsieur Colin étant malade ne participera pas au procès ce jour-là.

Madame Claudon
Maître Welzer énonce un à un les noms des jurés. Il s’adresse directement à eux. "Acquitter Jean-Marie Villemin ce serait tuer Laroche une deuxième fois". Je dois préciser qu'être avocat de la défense est parfois difficile, mais Maître Welzer n'a pas été très futé quand il affirmera cette phrase. Il est vrai que Grégory lui, n'a été tué qu'une fois...! Ce n'est peut-être pas assez pour cet avocat...

Le juge Martin.
Maître Welzer reviendra sur les détails de la mort du petit garçon, essayant de mettre un doute sur la culpabilité de Bernard Laroche et d'en enlever sur l'innocence de Jean-Marie... Maître Welzer mettra tout en oeuvre pour dire que le non-lieu de Christine Villemin ne fait que lui désservir. Les Villemin sont coupables de tout, Laroche est blanc comme neige...Il s'avère que les expertises concernant les lettres du corbeau ainsi que les coups de fil anonymes mettent hors de cause Bernard Laroche. Ce qui est bien entendu totalement faux. La graphologie, entre autre, n'a jamais été une science exacte et amène bien souvent des maladresses de résultats. C'est bien connu...

Marie-Ange Laroche
Murielle Bolle ? "Elle est ce qu’elle est, avec le drame qu’elle vit. Elle se sent responsable de la mort de Bernard Laroche. On lui a fait dire n’importe quoi, soit par intimidation, soit par flatterie." Gérard Welzer note aussi que jamais il n’y a eu de confrontation avant l’inculpation de Laroche entre ce dernier et sa jeune belle-soeur. Et la poste ? "Personne ne voit Laroche", tandis que plusieurs collègues de Christine Villemin la remarquent. L’enquête, les gendarmes, la violation de procédure : "Tout a été flou dans cette affaire", lâche Maître Welzer.

Jean-Marie Villemin, en liberté depuis cinq ans a-t-il les circonstances atténuantes ? "Oui ! répond l’avocat. Mais il est un assassin. L’émotion pour la perte d’un enfant, oui ! Le reste non !" Le geste meurtrier de Jean-Marie Villemin deux mois après la libération de Laroche peut-il être associé à un acte passionnel ou à une intention délibérée ? Maître Teissonnière, dernier avocat de la partie civile à s’exprimer, refuse quant à lui "la légitimation de la justice à canon scié", et demande à son tour aux jurés de "faire la part juste de ce qui relève du calcul froid, de ce qui relève du chagrin".

Marie-Ange Laroche, Lucien Bolle, son frère et Murielle Bolle
L'avocat général Jacques Kohn se dit convaincu de l’innocence de Christine Villemin. Mais il n’exprime pas la même conviction s’agissant de Bernard Laroche et est entre deux chaises quant à son innocence et sa culpabilité : "On ne peut pas exclure que Laroche ait été le meurtrier. Le corbeau n’est pas Christine Villemin. Ce n’est peut-être pas Bernard Laroche. Peut-être est-ce une troisième personne ?" L’avocat général incriminera le magistrat instructeur, les gendarmes, les policiers et la déroute des journalistes. Il sait que le mystère réside dans les anciennes jalousies et autres évènements ruraux des temps jadis...

L'avocat général Jacques Kohn
Il se doit à la défense de contrer l'avocat général. On retient contre Laroche quinze charges dont sept "impressionnantes" contenues pour la plupart dans l’arrêt de non-lieu de février dernier innocentant Christine Villemin. Parce que, si les charges contre Christine l'innocentent, qui inculpent-elles...? Laroche ne peut être que celui-ci...Si la piste Laroche n’a pas été mise au jour, c'est que le juge Lambert fit un travail médiocre et baclé, l'acharnement de la P.J. envers Christine - en créant de fausses preuves - (NDLR), et de la débacle de la partie civile.

Lors du déménagement en janvier 1985.
L’avocat général, dira de Jean-Marie Villemin qu'il est impossible de le rendre immédiatement à la liberté. "Blanchir Jean-Marie Villemin reviendrait à introduire dans notre droit la notion de légitime assassinat. C’est un homme qui a prémédité son crime. Légitime défense, oui ! Légitime assassinat, non !". Que c'est un homme dangereux, qu’il n’a exprimé aucun remords, tout en présentant sa vengeance comme "un geste de justice". Un homme dangereux, Monsieur l'avocat général, il y en a un qui court encore...!

29 mars 1985...Le coup de feu.
Aujourd'hui tout le monde est tendu. Christine, par peur, ne semble plus être sûre d'elle. Jean-Marie paraît crispé. On le serait à moins en étant dans un box dont on ne connaissaît pas l'existence il y a à peine 10 ans. Maître Robinet, avec son débit de paroles qu'on lui connaît, plaidera pour l'innocence de son client, avec des circonstances plus qu'atténuantes. Il mettra toute sa conviction contre Bernard Laroche, qui en toute évidence est la base de cette affaire.

Il y a dans le box un homme qui n'a rien à faire ici. Cet homme est détruit. On tue son fils et c'est lui qu'on accuse pour avoir tuer l'homme qu'il etait sûr d'être son assassin. Après tout, il a fait le travail de la justice qu'elle n'était pas capable de faire..Il appuiera sur le fait que de remettre en liberté Bernard Laroche après trois mois de détention pour reporter ensuite tous les soupçons sur Christine Villemin est une erreur judiciaire absolument éffarante. Moi je mettrais cela sur le compte des défenseurs de Laroche, à l'époque, qui se sont battus corps et âme pour demander une libération provisoire...Jeter l'agneau dans une meute de loup. L'un d'entre eux n'a pas supporté. Un loup dont on avait tuer la progéniture...
Jean-Michel Lambert, qualifié de "juge minable", est le protagoniste de cette "catastrophe judiciaire". Les époux Villemin faisaient confiance en une justice qu'ils ne connaissaient pas. Le juge Lambert non plus...! Selon Maître Robinet, les charges sur Bernard Laroche étaient tellement accablantes que sa libération était complètement injustifiée. Erreur judiciaire encore. Il y a un trou dans son emploi du temps le 16 octobre 1984 et, surtout, il y a Muriel Bolle qui a "pris racine dans ce dossier".

Le juge Simon à Xonrupt.
Il dira : "Elle est la culpabilité de Laroche." Le corbeau ? Entre Ginette et Michel Villemin, "on n’est pas loin de la vérité" que seule Monique, la mère, peut détenir. François Robinet lance aussi un "non" catégorique aux expertises en écritures, sources par le passé "d’incroyables erreurs". Puis il dit aux jurés : "Comment voulez-vous que Jean-Marie Villemin, harcelé par la presse, et notamment par un journaliste collant et gluant, Jean Ker, ait pu résister, garder son sang-froid ?" C'est alors qu'il leur pose cette question : "Qu'auriez-vous fait à sa place ?"

Maître Christine Chastant, encore plus sûre d'elle, joue sur le registre émotionnel. Compte tenu de "l’amoncellement de souffrances" qui s’est abattu sur Villemin, elle conclut que celui-ci "n’est pas moralement coupable de l’acte qui lui est reproché". Il a deux enfants "qui attendent leur père en cette veille de Noël", elle demande à son tour que "leur papa leur soit rendu tel qu’il est, non coupable, si ce n’est d’avoir trop souffert de la mort de Grégory".

Maître Prompt avocat de Marie-Ange Laroche.
Elle est d'accord qu'on ne se fait pas justice soi-même : "La justice, il ne la connaît pas, elle a pour lui que le visage du juge Lambert". Jean-Marie Villemin ne doutait pas de la justice. Elle était pour lui inexistante...La libération de Bernard Laroche a été un des éléments déclencheurs avec l'accusation de Christine comme étant le corbeau. A ce moment-là, le petit Grégory a été "assassiné une deuxième fois" dira t-elle.

Maître Chastant parlera de l'amour des époux Villemin. Leur envie de vivre avec, en leur milieu, ce fruit né de leur amour indestructible. Leur joie de vivre, tous les trois, avant ce terrible drame de la jalousie familiale. Leur joie de vivre détruite en quelques minutes. Elle montrera deux photos de Grégory aux jurés. Le visage de l'enfant leur fera peut-être naître un sentiment de compassion. Peut-être y-a-t-il des parents parmi eux ?. Elle dira enfin cette phrase qui m'a glacé le sang : "Comment aimer un enfant mort ?" Le père de Grégory, coupable du meurtre de son cousin Bernard Laroche, est condamné à cinq ans d’emprisonnement dont un an avec sursis. Les jurés après quatre heures de délibérés, ont répondu oui aux trois questions qui leur étaient posées sur l’homicide volontaire, la préméditation et les circonstances atténuantes. Ayant déjà effectué trente-trois mois et demi de prison, il sera très rapidement libéré, en se basant sur les remises de peine. Petite parenthèse : ayant connu l'univers carcéral absolument atroce, Jean-Marie se demandait pourquoi Laroche n'avait jamais clamé son innocence lors de son incarcération.

Christine et Maître Robinet, un de ses son avocat.
15h30. A l’énoncé du verdict, Jean-Marie reste ébahis. Il étreint Christine, parle à ses avocats, la salle est silencieuse. Marie-Ange Laroche est satisfaite, et pense à la réhabilitation de son mari.. Elle pense que les Villemin et les Laroche devraient ne plus faire la guerre. Il serait temps...! En dehors du tribunal il y a un peu de confusion, mais la partie civile demande un peu de calme et de dignité. Maître Welzer dira : "L’important c’est que Jean-Marie Villemin retourne en prison". Pas pour longtemps cher Maître... Maître Garaud répondra aux journalistes de la télévision que le verdict a été clément et que Jean-Marie Villemin sortira de prison très rapidement. Il veut ainsi que la paix soit retrouvée et que tout le monde progresse dans le calme et la sereinité.

Maître Chastant, Robinet, Garaud et Moser
Les jurés s'étaient retirés pour délibérer à 11 h 30, devant répondre alors dans le secret à cette question : "Avez-vous une intime conviction ?" Jean-Marie Villemin s'exprimera le premier. Ses mots, mouillés de pleurs, sont à peine audibles : "Christine et moi, ça fait neuf ans que nous vivons un véritable calvaire. Julien et Emelyne ne remplaceront jamais Grégory, que nous aimions plus que tout au monde. Je vous en supplie ne me séparez pas d’eux et de Christine. Assez de souffrances !" Paroles d'homme bon...

Le juge Simon envers qui il y eut des menaces de mort contre ses petits-enfants. Elles proviendront du Mans. Le suspect qu'avait en tête le juge Simon travaille dans une filature d'Aumontzey possédant une filiale au Mans et une liaison routière hebdomadaire entre les deux usines...
Pour Maître Henri-René Garaud, n’est certainement pas "le justicier, le cow-boy, le Lucky Luke, le pistolero" décrit par l’avocat général. "Ce n’est pas vrai, dit-il, je le dis haut et fort parce que je le crois profondément." Pourquoi ces réquisitions de Jacques Kohn : "Dix ans, mais quel intérêt d’une telle sévérité ! Qu’est-ce que ça peut rapporter à la société ?". Maître Garaud dira encore : "La justice doit des excuses à cet homme et à cette femme. On a construit un gâchis".

Maître Garaud
Le juge Lambert "tellement habillé" qu’il ne trouve plus assez de mots pour le désigner. Ensuite, il nomme et s’en excuse, avec la sympathie qu'il a pour les policiers, le commissaire Corazzi, coupable à ses yeux de "trucages" concernant la mise en accusation de Christine Villemin. Certains journalistes, Bezina de RTL en tête, sorte de "Méphisto" coulant aujourd’hui des jours heureux, ainsi que Jean Ker, de "Paris-Match", qui a "bourré le mou" à "Villemin". Tels sont les termes de Maître Garaud...

Le commissaire Corazzi et le juge Lambert.
Maître Garaud et ses coups de gueule s’en prend à Monique Villemin, la mère : "Zéro ! Elle sait et elle ne dit rien !". Il se dit convaincu de la sincérité de Murielle Bolle avant ses rétractations : "Elle est le noeud gordien de cette affaire." Villemin n’est pas coupable, dira encore Maître Garaud. "Et pour sortir Laroche du guêpier, il a fallu "un produit de remplacement". Grégory, lui, malgré la naissance de Julien, ne sera jamais remplacé...!
E ça, aujourd'hui, tout le monde s'en fout...!
Document et interview de Jean-Marie et Christine dans "La Croix"

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