AFFAIRE GREGORY VILLEMIN

                                              

Ecouter la voix du corbeau

- RESULTATS ADN -

10 Mai 2010

Lorsqu'ils ont appris, la semaine dernière, que la première campagne d'expertises génétiques s'était révélée vaine, les différents protagonistes de l'affaire Grégory se sont efforcés de balayer leur déception. Sans attendre, les époux Villemin ont annoncé leur intention de formuler plusieurs demandes d'actes. De leur côté, les gendarmes entendent bien mettre à profit le travail d'analyse approfondie conduit, ces derniers mois, sur les 2 500 pièces du dossier, pour poursuivre les investigations sous l'autorité du juge Pontonnier.

Initialement saisis d'une commission rogatoire dite «technique» en novembre dernier, les enquêteurs de la section de recherches de Dijon ont en fait mené un véritable travail d'archéologues dans le maquis de cette volumineuse procédure. Chargés d'identifier les «propriétaires» des traces ADN mises au jour sur une lettre, un timbre et une cordelette exhumés parmi les vieux scellés, ils se sont notamment attachés à retracer le cheminement de ces diverses pièces à conviction au cours des vingt-cinq dernières années. Certains de ces objets, notamment les corde­lettes, ont en effet été «descellés» à plusieurs reprises afin d'être soumis à des analyses scientifiques. Un examen minutieux de chaque cote du dossier a permis d'identifier une soixantaine d'anciens gendarmes, policiers, greffiers, magistrats ou laborantins qui, dans le cadre de leurs fonctions, ont pu avoir à les manipuler. Parallèlement, des analystes criminels ont reconstitué les arbres généalogiques des principales familles - les Villemin, les Laroche, les Bolle, les Jacob… - qui formaient, en octobre 1984, l'entourage de l'enfant. Enfin, une trentaine de villageois qui résidaient à Lépanges-sur-Vologne et pouvaient se trouver en contact avec la famille de Grégory ont été recensés.

Au total, les gendarmes ont ainsi établi une liste de 186 personnes, qu'ils ont contactées afin de les soumettre à un prélèvement biologique. «Il nous a suffi d'expliquer clairement la procédure en cours pour que les gens acceptent de s'y plier», raconte une source proche de l'enquête. Pour établir l'empreinte génétique de Bernard Laroche, qui fut un temps inculpé avant d'être remis en liberté puis abattu par Jean-Marie Villemin, les gendarmes ont fait analyser les vêtements qu'il portait le jour de sa mort. Par ailleurs, les descendants de 35 personnes disparues après 1984 ont été priés de se soumettre à un test ADN.

Si elle n'a pour l'heure livré aucun résultat probant, cette lourde procédure pourrait ne pas avoir été totalement vaine. «En reprenant ainsi le dossier de A à Z, nous avons établi une liste de profils intéressants sur laquelle nous comptons bien nous appuyer pour mener les investigations à venir» , relate un haut magistrat.

Dès à présent, les parents de Grégory envisagent de solliciter de nouvelles recherches d'ADN sur les scellés, ainsi que sur un cheveu qui a été découvert en contact avec les vêtements de l'enfant. «L'emploi de la technique LCN (low copy number), qui est à la fois plus efficace et plus intrusive que les méthodes classiques, pourrait livrer des résultats intéressants», espère Me Thierry Moser, conseil des époux Villemin. L'analyse des traces de foulage détectées sur une lettre revendiquant le crime pourrait également être demandée, de même que l'expertise des enregistrements vocaux attribués au mystérieux corbeau. S'agissant de ces dernières investigations, toute comparaison paraît cependant hasardeuse, dans la mesure où les cassettes sur lesquelles avaient été enregistrées les voix des principaux protagonistes de l'affaire ont, depuis lors, été égarées.

- Cyrille Louis pour Le Figaro -



06 MAI 2010


Le parquet général de Dijon a confirmé à l'AFP mercredi 5 mai que les analyses ADN réalisées sur les scellés de l'affaire Grégory ne menaient à aucune piste, confirmant une information de L'Est républicain.

"Sur 150 prélèvements entre les mains des experts, je confirme qu'il n'y a pas d'éléments qui permettent d'identifier un ou plusieurs auteurs", a déclaré Jean-Marie Beney, procureur général de Dijon, qui dirige l'enquête sur l'assassinat du petit Grégory Villemin.

D'autres ADN en cours d'examen

Il a cependant souligné qu'il restait quelques protagonistes marginaux de l'affaire dont l'ADN était encore en cours d'examen.

Une source proche de l'enquête avait révélé mardi soir à l'Est républicain que les comparaisons d'ADN n'avaient "rien donné".

L'enquête sur l'assassinat du petit Grégory Villemin, dont le corps avait été retrouvé immergé dans la Vologne (Vosges) en octobre 1984, avait rebondi l'automne dernier avec la découverte d'un mélange de trois ADN, retrouvés sur un courrier revendiquant le crime.

Interrogé peu avant par l'AFP, l'avocat des parents Villemin, Me Thierry Moser, a qualifié ces informations d'"intox". "Pour l'instant, nous n'avons rien d'officiel", a-t-il indiqué.

En octobre 2009, le parquet de Dijon avait annoncé que des traces d'ADN avaient été découvertes sur les cordelettes qui avaient servi à entraver Grégory Villemin, 4 ans, retrouvé noyé pieds et poings liés dans la Vologne le 16 octobre 1984, un crime qui n'a jamais été élucidé.

Des empreintes génétiques ont également été retrouvées sur des vêtements de l'enfant, ainsi que sur des courriers du "corbeau", dont l'un revendique la mort du garçonnet.

Bernard Laroche tué d'un coup de carabine

 Le laboratoire Biomnis, à Lyon, avait alors été chargé par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Dijon de comparer ces traces avec les profils génétiques de différents protagonistes de l'affaire.

"Deux possibilités s'offrent désormais à la justice (...): élargir le cercle des personnes qui ont fait l'objet d'un prélèvement ADN (ou) chercher à extraire, avec une autre technique, des empreintes génétiques 'exploitables' sur les cordelettes et les courriers", écrit L'Est Républicain.

Une cellule de gendarmes avait procédé, à partir de décembre 2009, à des prélèvements ADN : d'abord sur des magistrats, greffiers ou enquêteurs - afin d'exclure la piste de profils génétiques "parasites" -, puis sur les membres des familles Villemin, Bolle et Laroche.

Les premières analyses ADN avaient par ailleurs déjà permis de démontrer qu'il ne s'agissait pas des profils génétiques des parents de l'enfant.

Les questions demeurent toujours aussi nombreuses quant à l'identité du tueur et du "corbeau" qui harcelait la famille Villemin, à partir de 1981.

Le cousin de Jean-Marie Villemin, Bernard Laroche, avait été poursuivi pour assassinat, écroué puis remis en liberté en février 1985, quoique toujours poursuivi pour assassinat. Il avait été tué d'un coup de carabine par le père de l'enfant un mois plus tard.

En juillet 1985, c'était au tour de la mère de l'enfant d'être écrouée pour l'assassinat de son fils. Remise en liberté quelques jours plus tard, elle avait été totalement innocentée en 1993.

Vers une analyse des appels du "corbeau"

 Les enregistrements des appels téléphoniques du "corbeau" vont être prochainement analysés, révèle pour sa part le Parisien/aujourd'hui en France, sans citer de source.

Ces appels "avaient été passés avant l'assassinat de Grégory, rappelle le journal.

Les enregistrements avaient déjà été analysés dans le passé par des experts, sans résultat concluant. Mais l'article évoque "un avocat du dossier", qui a la "certitude" que les progrès de la science permettront une "analyse plus pertinente aujourd'hui".

"Le but premier consiste à savoir s'il s'agit d'une voix d'homme ou de femme. Mais une identification plus précise est très complexe", car "la voix évolue, notamment à cause du stress", explique le lieutenant-colonel Bruno Vanden-Berghe, directeur adjoint de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN), cité par le quotidien.

 (Nouvelobs.com)

MARIE-ANGE LAROCHE DECLARE :
Marie-Ange Laroche, interrogée jeudi 6 mai sur Europe 1 après que son mari Bernard a été mis hors de cause dans l'affaire Grégory par les dernières analyses ADN, a estimé que le père du petit garçon, Jean-Marie Villemin, avait été "un peu vite pour tuer Bernard" en mars 1985. "Jean-Marie Villemin a été un peu vite pour tuer Bernard (...) Je ne sais pas si (Jean-Marie Villemin) pourra se regarder dans la glace sans penser au geste qu'il a fait", a-t-elle dit. "Je ne veux aucun contact (avec la famille Villemin). Cette personne n'a jamais montré le moindre geste de regret, ne serait-ce qu'envers mes fils", a-t-elle poursuivi. "Je me mets à leur place, c'est très dur de perdre un enfant, je le conçois, mais il faut qu'ils pensent aussi que nous ils nous ont détruits", a ajouté Marie-Ange Laroche. "Cette affaire a brisé ma vie et pour le restant de mes jours j'aurai cette affaire gravée en moi", a-t-elle encore dit. Elle a également évoqué "un véritable gâchis" pour ses enfants, "surtout pour Sébastien qui a vu son père mourir sous ses yeux".

Les analyses ADN n'ont rien donné

Bernard Laroche, cousin de Jean-Marie Villemin, avait été inculpé pour l'assassinat du petit Grégory, écroué puis libéré en février 1985, quoique toujours inculpé. Il avait été abattu par son cousin, le père de Grégory, un mois plus tard le 29 mars 1985. Les analyses d'ADN effectuées ces derniers mois, dont les résultats ont été dévoilés mercredi, n'ont pas permis de découvrir l'identité du meurtrier du garçonnet, retrouvé noyé, pieds et poings liés, dans la Vologne, le 16 octobre 1984 : elles n'ont montré aucun lien avec Bernard Laroche, ni d'ailleurs avec aucun autre protagoniste de l'affaire.

"Il fallait que cela se fasse (les tests ADN) pour qu'il n'y ait plus de doutes sur Bernard. Je suis soulagée, pour moi même et mes deux fils", a ajouté Marie-Ange Laroche.

Elle a regretté que les analyses ADN n'aient pas permis d'identifier le meurtrier : "Je ne sais pas si on saura un jour", a-t-elle dit. Le dernier espoir de découvrir la vérité réside à présent dans l'analyse de bandes sonores sur lesquelles est enregistrée la voix du "corbeau" qui avait revendiqué l'assassinat.

Interview de Marie-Ange Laroche --> Ici

Contre-attaque d'Etienne Sesmat --> ICI
Les résultats par le laboratoire Biomnis --> ICI

Jeudi 10 décembre 2009

LA FAMILLE PRELEVEE

L’enquête sur l'assassinat du petit Grégory, dont le corps avait été retrouvé immergé dans la Vologne en octobre 1984, s'est accélérée, jeudi, avec les prélèvements d'ADN effectués sur les acteurs du dossier, notamment les familles Laroche, Bolle et Villemin.

"Tous les acteurs du dossier de l'affaire Grégory ont été soumis à des prélèvements ADN, mardi, mercredi et jeudi", notamment "les familles, Laroche, Bolle et Villemin" a indiqué jeudi le procureur général de Dijon, Jean-Marie Beney à l'AFP. Selon lui, "mardi, mercredi et jeudi, la section de recherche de Dijon et le groupement de gendarmerie des Vosges, agissant sur commission rogatoire de Jean-François Pontonnier (président de la chambre d'instruction de Dijon), ont effectué 41 prélèvements". Toutes les personnes "apparues dans le dossier, les familles Laroche, Bolle et Villemin ont répondu aux convocations et ont accepté sans difficulté de se soumettre à ces prélèvements" a ajouté M. Beney.

Des prélèvements qui seront maintenant soumis "à une commission d'expertise" et confiés au laboratoire lyonnais Biomnis avant d'être comparés aux résultats des analyses du 22 octobre dernier, a conclu le procureur. Dès jeudi matin, Me Gérard Welzer avait annoncé que sa cliente, Marie-Ange Laroche, s'était présentée spontanément à la gendarmerie de Saint-Dié (Vosges). "Marie-Ange Laroche est contente, elle voulait faire ce prélèvement, car elle veut savoir la vérité", avait-il indiqué. Ses deux soeurs ont également subi un prélèvement similaire mercredi, à Saint-Dié.



Jacky, Michel, Ginette

D'autres acteurs importants de cette affaire, qui tient en haleine l'opinion publique depuis plus d'un quart de siècle, ont aussi subi ces prélèvements, comme Murielle Bolle, belle-soeur de Bernard Laroche, alors âgée de 15 ans au moment des faits. C'est le témoignage de cette adolescente lors de sa garde à vue à la gendarmerie, le 2 novembre 1984, réitéré devant le juge d'instruction de l'époque, qui avait conduit à l'incarcération de Bernard Laroche, cousin de Jean-Marie Villemin, le père de Grégory. Murielle s'était ensuite rétractée et M. Laroche avait été libéré, tout en restant inculpé d’assassinat, en février 1985 avant d'être tué le 29 mars 1985, par le père de Grégory, certain de sa culpabilité.

Le 22 octobre dernier deux ADN exploitables qui ne concernent pas les parents du garçonnet avaient été retrouvés sur les scellés et un "mélange complexe" et "peu exploitable" de trois ADN a été retrouvé sur l'enveloppe de revendication de l’assassinat du petit Grégory le 16 octobre 1984. "J'espère que tu mourras de chagrin le chef. Ce n'est pas ton argent qui pourra te rendre ton fils. Voilà ma vengeance pauvre con", avait alors écrit le "corbeau" toujours anonyme.

TV5




Murielle Bolle

03 Décembre 2009

INFO LE FIGARO - Une cellule composée de douze militaires a été chargée ce lundi d'opérer des comparaisons génétiques visant à élucider le meurtre du garçonnet.

L'enquête sur le meurtre du petit Grégory Villemin, mise en sommeil depuis plusieurs années, vient d'entrer dans une nouvelle phase active. Lundi après-midi, le juge d'instruction Jean-François Pontonnier a officiellement saisi la Direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN) d'une «commission rogatoire technique» visant à exploiter les résultats d'expertise génétique récemment communiqués par le laboratoire français Biomnis. Sans attendre, la section de recherches de Dijon a mis sur pied une cellule constituée de douze enquêteurs qui, durant les prochains mois, se consacreront pleinement à ce dossier.

Dans un premier temps, ces militaires seront chargés de vérifier que les traces d'ADN récemment mises au jour sur plusieurs scellés ne correspondent pas à des contaminations accidentelles imputables aux divers magistrats, greffiers ou enquêteurs qui ont eu à les manipuler tout au long de la procédure. «Pour ce faire, nous avons identifié une vingtaine d'intervenants professionnels qui ont été particulièrement impliqués dans le traitement de l'affaire, décrypte une source proche de l'enquête. Tour à tour, nous allons donc maintenant devoir les localiser. Puis, nous prélèverons leur ADN avant de le comparer aux différentes empreintes qui ont été isolées au cours des derniers mois.»

Des «coordinateurs de la criminalistique»

Chargé début 2009 d'analyser les vieux scellés conservés au palais de justice, le laboratoire Biomnis a depuis lors mis au jour deux profils génétiques exploitables sur le timbre et l'enveloppe d'une lettre anonyme expédiée en juillet 1985. Plusieurs mélanges d'ADN, susceptibles d'autoriser des comparaisons ou des exclusions, ont également été détectés sur les cordelettes utilisées pour entraver l'enfant ainsi que sur une lettre imputée au «corbeau» et postée en 1983. «Or, avant d'entreprendre des comparaisons avec d'éventuels suspects, il est essentiel de vérifier que ces traces ne proviennent pas en fait d'une souillure accidentelle laissée à une époque où le maniement des pièces à conviction était beaucoup moins encadré», explique une source judiciaire.

Outre un directeur d'enquête et des spécialistes en analyse criminelle, la cellule mise sur pied par la gendarmerie regroupera plusieurs «coordinateurs de la criminalistique»chargés de gérer l'ensemble des opérations techniques, nombreuses, qui devront sans doute être mises en oeuvre. «Une fois effectué le travail préliminaire portant sur l'«environnement professionnel» de la procédure, il y aura sans doute de très nombreuses comparaisons à mettre en oeuvre», justifie-t-on à la DGGN.

Vingt-quatre ans après avoir été vivement critiquée puis dessaisie de l'enquête sur la mort de Grégory dans des conditions rocambolesques, voici donc la gendarmerie de nouveau en première ligne dans cette affaire criminelle hors norme. D'ores et déjà, la maréchaussée a discrètement fait savoir qu'elle se tenait prête à mettre l'ensemble de ses moyens à disposition des magistrats.

 

Les gendarmes effectuent des prélèvements ADN

DIJON — Les gendarmes chargés d'opérer des comparaisons génétiques visant à élucider le meurtre du petit Grégory "ont débuté leur mission", a-t-on appris mercredi auprès du parquet général de Dijon.

"Les gendarmes ont débuté leur mission (...) mais à ce stade je n'ai pas encore de retour", a déclaré à l'AFP le procureur général de la cour d'appel de Dijon, Jean-Marie Beney, sans être en mesure de confirmer une information du quotidien L'Est Républicain selon laquelle plusieurs membres de cette cellule étaient mercredi "en Lorraine" pour procéder aux premiers prélèvements d'ADN.

Selon le procureur général, la cellule composée de douze gendarmes, principalement issus de la section de recherche (SR) de Dijon, "sera chargée dans un premier temps de vérifier que les traces ADN récemment mises au jour sur plusieurs scellés ne correspondent pas à des contaminations accidentelles" imputables notamment à toutes les personnes (magistrats, greffiers, enquêteurs, médecins et autres) qui ont manipulé ces scellés au cours de la procédure.

"Les premiers prélèvements ont démarré, dans un premier temps ils concernent les acteurs de la procédure", qui peuvent, plus de 25 ans après les faits, avoir décidé de passer leur retraite ailleurs que dans les Vosges, a précisé M. Beney.

Les enquêteurs devront rendre compte de chacun de leurs prélèvements, effectués notamment sur "les proches du dossier", au président de la chambre d'instruction, Jean-François Pontonnier.

La Direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN) avait été saisie le 16 novembre, sur commission rogatoire technique du président de la chambre d'instruction de la cour d'appel de Dijon, "afin d'exploiter les résultats des expertises ADN" des scellés de l'affaire Grégory.

Ce dernier saisira ensuite les experts afin de comparer ces résultats avec les deux ADN exploitables retrouvés sur les scellés et qui ne sont pas ceux des parents du garçonnet, Christine et Jean-Marie Villemin.

Plus de 25 ans après les faits, l'assassinat de Grégory Villemin, 4 ans, retrouvé mort le 16 octobre 1984 pieds et poings liés dans les eaux de la Vologne (Vosges), reste toujours inexpliqué.

17 novembre 2009
 
Octobre 2009
Le Républicain Lorrain :

"Aucune trace d'ADN de Christine et Jean-Marie Villemin n'a été retrouvée  sur aucun des supports analysés" par les experts du laboratoire Biomnis de Lyon, a déclaré le procureur général de la cour d'appel de Dijon, Jean-Marie Beney, au cours d'une conférence de presse. "Les profils génétiques" des parents de Grégory "ont été établis et sont par conséquent comparables et il n'y a aucune trace" d'eux "sur aucun des supports analysés", a assuré le magistrat, qui venait de recevoir le rapport d'expertise commandé en décembre 2008 par la cour d'appel.
Par ailleurs, les experts ont retrouvé "des mélanges de plusieurs ADN masculin et féminin" sur la "lettre de menaces" adressée par le corbeau à Albert Villemin, le grand-père de Grégory.
"Sur le timbre de cette enveloppe postée dans les Vosges, le 24 juillet 1985", neuf mois après la découverte du corps de l'enfant dans les eaux de la Vologne, "l'expertise met en évidence un profil ADN féminin qui permet une identification", a dit M. Beney. "Cette enveloppe contenait la lettre de menaces qui disait la famille Villemin je vous ferai la peau et la prochaine est Monique", la grand-mère de Grégory, a-t-il rappelé.
Le procureur a toutefois souligné que la "technique d'extraction de l'ADN, consistant à mettre le timbre dans une solution et à analyser ce qui en ressort" ne permettait pas de déterminer si l'ADN était sur ou sous le timbre. "Mais les experts disent que c'est un très bel ADN, autrement dit très exploitable", a-t-il assuré. "Sur cette lettre, il existe la mise en évidence d'un profil masculin permettant l'identification", a-t-il encore ajouté.
Le procureur a également assuré qu'"un profil ADN très exploitable" avait été retrouvé sur l'anorak de Grégory, ce qui mettait en évidence qu'il était bien le fils de Jean-Marie Villemin", faisant ainsi taire les remises en cause sur sa paternité. Par ailleurs, sur "certaines cordelettes" ayant servi à ligoter l'enfant, "ont été mis en évidence un mélange d'ADN excluant" ses parents mais qui "permettra d'effectuer des comparaisons ultérieures sur deux" d'entre elles, a-t-il dit. "C'est une avancée réelle dans l'enquête" sur l'assassinat, jamais élucidé, de Grégory Villemin, a-t-il souligné, se félicitant de "l'évolution de la technique", mais se disant "prudent et mesuré sur ce qu'apporte cette expertise". En juin 2000, des expertises déjà effectuées à la demande des parents de Grégory, sur un demi-timbre collé sur une enveloppe du "corbeau", s'étaient révélées "inexploitables".
Lors d'une conférence de presse à Paris, les avocats de Christine et Jean-Marie Villemin ont assuré que leurs clients étaient "très satisfaits" et "heureux" de ces expertises qui constituent un "espoir" dans leur "combat sacré" de connaître la vérité. Selon M. Beney, il revient au président de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Dijon, Jean-François Pontonnier, "d'exploiter ces résultats en faisant des prélèvements (ADN) sur différentes personnes" mêlées à cette affaire. Il a toutefois fait valoir que l'exhumation du corps de Bernard Laroche - assassiné par son cousin Jean-Marie Villemin, qui le soupçonnait du meurtre -, n'était "pas pour l'instant d'actualité". "D'ailleurs nous pouvons prévoir des prélèvements sur sa filiation et ses proches", a-t-il dit.  Mis en cause par sa belle-soeur Murielle Bolle en novembre 1984, M. Laroche, cousin de Jean-Marie Villemin, avait été inculpé d'assassinat, écroué puis  remis en liberté en février 1985. Il avait été tué d'un coup de carabine par Jean-Marie Villemin peu après.
En juillet 1985, Christine Villemin était inculpée de l'assassinat de son fils. Ecrouée puis remise en liberté sous contrôle judiciaire quelques jours plus tard, elle avait bénéficié d'un non-lieu en février 1993.



Les Laroche veulent la réouverture totale.

Les résultats de l’expertise génétique, ordonnée en décembre 2008, sur les scellés de l’affaire Grégory seront remis aujourd’hui à la justice, à Dijon. Deux traces d’ADN non identifiées auraient été retrouvées sur les cordelettes. Et la famille Laroche a demandé à la garde des Sceaux «la réouverture totale» de l’instruction.

Désigné par la cour d’appel de Dijon pour analyser les scellés encore exploitables de l’affaire Grégory Villemin, le laboratoire lyonnais Diomnis devrait rendre, aujourd’hui, ses conclusions au président de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Dijon. Présentée comme l’acte de la dernière chance, cette expertise intervient vingt-cinq ans presque jour pour jour, après la découverte du corps de l’enfant, repêché pieds et poings liés dans les eaux de la Vologne (Vosges), le 16 octobre 1984 en fin d’après-midi (lire RL du 16 octobre 2009).

La recherche d’empreintes génétiques a porté sur les vêtements de Grégory son bonnet, son anorak et son survêtement , sur les cordelettes qui ont servi à l’entraver et sur certaines enveloppes des lettres expédiées du «corbeau». Au lendemain du meurtre, Christine et Jean-Marie Villemin, les parents du petit garçon, avaient reçu une lettre anonyme revendiquant l’acte : «Ton fils est mort […]. Voilà ma vengeance, pauvre con. »



Photo : Sarah Riss

Mystérieux ADN

Selon plusieurs sources, deux traces d’ADN non identifiées, autrement dit ne correspondant pas à l’empreinte de Grégory ou à celle de ses parents, auraient été mises au jour par le laboratoire scientifique saisi par la chambre de l’instruction de Dijon, en décembre 2008, après avoir décidé de relancer l’instruction. Cette information n’a pas pu être confirmée, hier.
Si tel devait être le cas, la justice porterait immanquablement son attention sur la famille de Bernard Laroche. Un temps suspecté du crime après avoir été mis en cause par sa belle-sœur, Murielle Bolle, en novembre 1984, Bernard Laroche, cousin de Jean-Marie Villemin, avait été inculpé d’assassinat et écroué, avant d’être remis en liberté en février 1985. Il avait été abattu peu de temps après d’un coup de carabine par le père de Grégory.
En juillet 1985, ce fut au tour de la mère de l’enfant, Christine Villemin, d’être inculpée de l’assassinat de son fils. Incarcérée puis remise en liberté sous contrôle judiciaire, elle a bénéficié d’un non-lieu pour «absence totale de charges » en février 1993.

«Qu’on y aille à fond !»

Contacté hier par Le Républicain Lorrain, Me Gérard Welzer, avocat de Marie-Ange Laroche, veuve de Bernard Laroche, s’est montré à la fois circonspect et combatif : «Cela fait vingt-cinq ans qu’on m’annonce une semaine décisive… Chacun souhaite la vérité, mais ce que je crains, c’est qu’on aille à nouveau vers de nouveaux dérapages. Une chose est sûre : nous ne laisserons pas Laroche, qui repose en paix, devenir une sorte de gibier judiciaire», a prévenu l’avocat.
Alors que son livre, Les larmes oubliées de la Vologne, doit sortir le 3 novembre, Marie-Ange Laroche a écrit à Michèle Alliot-Marie, garde des Sceaux, pour lui demander «la réouverture totale de l’instruction ». «On veut repartir comme en 14 ? Alors allons-y, mais allons-y vraiment !, s’emporte Me Welzer. Nous allons demander à la justice de réaliser toute une série d’actes, à commencer par l’expertise de la cassette sur laquelle ont été enregistrés plusieurs appels du corbeau. Nous avons déjà trouvé le laboratoire américain qui aurait les compétences susceptibles de mettre un nom sur cette voix. » À la veille de la communication des résultats de l’expertise ADN, l’avocat des Laroche se déclare «serein. Si je suis inquiet, c’est de voir de nouvelles dérives se produire car dans cette affaire, on a donné ! »
Une question se pose : la famille Laroche acceptera-t-elle l’exhumation de la dépouille de Bernard Laroche, si des analyses génétiques comparatives devaient être ordonnées ? «Que la justice nous pose la question, nous lui répondrons », élude Me Welzer.



Les recherches ADN par le laboratoire BIOMNIS

L'express - Marie-Hélène Cherpin, directrice du Laboratoire d'empreintes génétiques Biomnis (ex Mérieux), à Lyon, revient sur les conditions dans lesquelles ont été identifiés deux profils génétiques -l'un masculin, l'autre féminin. Ils peuvent relancer l'affaire Grégory, 25 ans après l'assassinat de l'enfant. Extraits de sa conférence de presse, tenue cet après-midi.

La désignation du laboratoire Biomnis

"Nous avons été saisis en mai dernier par la justice afin d'analyser les scellés de l'affaire Grégory. Notre rapport a été rendu hier. Quatre personnes du laboratoire, les deux experts désignés, ainsi qu'un ingénieur et un technicien, ont travaillé sur ce dossier. Nous avons pris des précautions drastiques pour éviter les contaminations et éviter de projeter notre propre ADN. Pour cela, l'affaire a été traitée à part des autres. Et notamment lors de l'ouverture des scellés."

Les scellés

"Nous avons notamment analysé une seringue, un flacon, un timbre, une enveloppe, une cordelette, ainsi que les vêtements de l'enfant: pantalon, tee-shirt, pull, chaussettes, bonnet et anorak. Lorsque l'on recherche des traces sur ces objets, on n'est pas particulièrement ému: nous sommes d'abord concentrés sur notre travail. Mais, pour autant, nous ne sommes pas des robots. C'est au moment des résultats et de leur interprétation qu'on réalise l'importance de ces découvertes."

La lettre et le timbre

"Nous avons découvert des ADN de très bonne qualité, l'un masculin, l'autre féminin, sur un timbre et une lettre. (ndlr : attribuée au corbeau et envoyée postérieurement au meurtre). Les recherches portaient d'ailleurs uniquement sur l'ADN nucléaire, qui a une valeur probante beaucoup plus forte que le mitochondrial (ndlr: propre à une lignée maternelle). Il est malheureusement impossible de localiser avec précision l'ADN du timbre: dessus ou dessous? Pour l'extraire, il nous a en effet fallu plonger le timbre dans une solution pendant une journée. Etant donné la quantité relativement importante retrouvée, c'est en toute hypothèse derrière le timbre que se trouvait l'ADN. (Ndlr: il pourrait s'agir de la salive du corbeau). L'ADN se trouvant sur la feuille a été relevé au milieu."

Les cordelettes

"Le noeud était encore constitué. A l'intérieur, se trouvaient des bribes d'ADN, au moins trois, mélangés et aux limites du seuil de détection. Ces traces, peu exploitables, ne permettent pas d'incriminer quelqu'un. Mais elles permettent néanmoins d'exclure des personnes susceptibles d'avoir touché l'objet.  L'ADN mis en évidence sur la cordelette n'est ni celui retrouvé sur le timbre, ni celui retrouvé sur la lettre."

L'anorak

"Sur l'anorak, nous avons relevé beaucoup de fragments de traces. Sur le poignet gauche se trouvait un ADN masculin: celui de l'enfant. Et cela bien que le vêtement ait séjourné au moins quatre heures dans l'eau..." 

La seringue

"Les traces n'étaient pas exploitables. Elles peuvent être dues aux manipulations des personnes ayant touché la seringue."

La méthode

"On passe d'abord une lumière laser pour repérer les dépôts intéressants, comme des cellules, des liquides biologiques. Ils apparaissent en fluorescence. On effectue des prélèvements sur certaines zones, l'intérieur d'un pantalon par exemple si on souhaite savoir qui l'a porté. Il faut se représenter chaque cellule comme un oeuf. Seul le "jaune" nous intéresse. Il faut donc l'extraire et pour cela casser la "coquille". On amplifie ensuite l'ADN, non pas la totalité de la molécule mais des régions que l'on "photocopie". On passe ensuite à la phase de révélation: c'est seulement à ce moment que l'on sait si on a un résultat ou non. »

Et demain ?

"Cette phase de l'expertise est terminée. La balle est désormais dans le camp de la justice."

Interview de Marie-Laroche Laroche par l'Est Républicain

Elle était l'un des derniers acteurs de cette incroyable affaire à ne pas avoir pris la plume. Marie-Ange Laroche ne se confie qu'avec parcimonie. Nous l'avons rencontrée à l'occasion de la publication de son ouvrage « Les larmes oubliées de la Vologne » (Editions de l'Archipel, sortie le 4 novembre).
- Quel est votre sentiment alors que l'on vient de « fêter » le 25e anniversaire de la mort de Grégory ?
- Ces 25 ans ont été très durs à vivre. J'ai entamé un combat qui ne sera terminé que lorsqu'on mettra le mot innocent en face du nom de Bernard Laroche.
- Vous êtes persuadée de l'innocence de votre mari...
- Oui. Je le connaissais suffisamment pour savoir de quoi il était capable. Et on sait de quelle façon les procès-verbaux ont été établis.
- Il y a quand même les accusations de Murielle Bolle, votre sœur...
- C'est faux, totalement faux. A l'époque, moi, j'avais 28 ans et c'était déjà dur pour moi. Alors, pensez donc, pour une gamine de 14 ans... On fait ce que l'on veut d'une personne de cet âge, surtout si elle est un peu faible. Les gendarmes n'ont pas été tendres.
- Dans le livre, vous remettez en cause les méthodes de la gendarmerie...
- Tout à fait. C'était : « On vous tend la perche, saisissez-la tant que c'est possible. De toute façon, en prison, les meurtriers de gosses ne font pas long feu. Vous ne ferez pas un mois ». Ou encore : « Votre mari a avoué, il faut dire pareil ». Murielle, elle avait 14 ans et c'étaient des menaces du style : « On va te mettre en maison de correction ».
- Comment avez-vous vécu tout cet enchaînement : l'arrestation de votre mari, son incarcération, sa libération et son assassinat.
- Au début, c'est le ciel qui vous tombe sur la tête. Après, durant son incarcération, heureusement que notre avocat, Me Welzer, pouvait nous donner quelques nouvelles. Car Bernard a été arrêté début novembre 1984 et je n'ai pas pu le voir avec le petit avant fin décembre. La remise en liberté a été une joie. Je pensais qu'il allait y avoir une confrontation avec Villemin.
- Votre mari a été remis en liberté en février 1985 mais restait toujours inculpé d'assassinat. D'après vous, le juge Lambert allait-il ordonner un non-lieu à son encontre ?
- Je l'ai su mais plus tard. Après la disparition de mon mari, le juge Lambert m'a convoquée, m'a dit que l'assassinat de Bernard allait lui rester au travers de la gorge toute sa vie. C'est là qu'il m'a dit qu'il était sur le point de prononcer un non-lieu. Le juge m'a aussi avoué qu'il avait inculpé Bernard sur la conviction des gendarmes sans lire les procès-verbaux. C'est bien, pour un juge... Tout ça, le grand (ndlr : son fils Sébastien) ou moi, on a du mal à le digérer. Il y a eu trop de bêtises de faites.
- Vous pouvez nous parler du jour de l'assassinat de votre mari ?
- J'étais devant lui, près de la porte du sous-sol. A un moment donné, mon frère est descendu et s'est mis devant nous. Villemin lui a dit « sauve-toi Lulu ou je t'en tire une aussi ! ». Bernard a mis la main sur l'épaule de mon frère et lui a dit de remonter avec le gosse qui venait de descendre. J'ai alors fait un mouvement pour vérifier que mon frère remontait, je n'étais plus devant Bernard et il a tiré...



- La mort de votre mari aurait pu être évitée...
- Bien sûr. On m'a dit plusieurs fois que la voiture de Villemin était au château d'eau, près de chez nous. Qu'il y avait une couverture sur le siège arrière, avec peut-être un fusil en dessous. Le procureur a été prévenu, j'ai téléphoné à la gendarmerie de Bruyères. La première fois, on m'a raccroché au nez. Il aurait fallu lui donner une surveillance.
- Est-ce que vous pensez que Christine Villemin est coupable de l'assassinat de son enfant ?
- Je ne répondrai pas à cette question. Elle a eu un non-lieu.
- Le dernier chapitre de votre livre raconte votre vie après Bernard Laroche et notamment avec les deux hommes que vous avez ensuite connus. Pourquoi ce choix ?
- Pour mes filles. La grande (ndlr : prénommée Neige) a vingt ans, la petite (ndlr : Laura) va avoir quatorze ans, elles ont vécu avec moi mais qu'à travers cette affaire.
- Vous regrettez ces deux liaisons qui sont mal terminées ?
- J'étais encore jeune, j'avais mes deux garçons, je pensais avoir encore un peu de bonheur malgré tout.
- Avez-vous sur vous un souvenir de Bernard Laroche ?
- J'avais toujours sur moi une petite photo mais c'est Jean-Bernard, notre deuxième fils, qui l'a désormais.
- Les experts viennent d'isoler deux ADN qui ne sont pas celles des parents de Grégory. Quel est votre sentiment ?
- C'est bien.
- Etes-vous prête à vous soumettre à un prélèvement biologique ?
- Il n'y a pas de problème.

Et son livre :

Marie-Ange Laroche, la veuve de Bernard Laroche, un temps suspecté de l'assassinat de Grégory Villemin, en 1984, ne s'"oppose pas, malgré la douleur, à l'exhumation du corps" de son mari, a-t-elle déclaré lundi. "Je ne mettrai aucun obstacle, pourvu que la vérité éclate. Mais avant d'exhumer le corps de Bernard, il faudra d'abord qu'ils cherchent ailleurs", a-t-elle dit lors d'une conférence de presse à Paris. Elle a en outre annoncé son intention de se porter partie civile dans l'enquête sur la mort du petit Grégory, rouverte en décembre 2008 par la cour d'appel de Dijon.

Marie-Ange Laroche

La découverte de traces d'ADN, sur une lettre datant de 1985 et sur les cordelettes ayant servi à ligoter le garçonnet, a en effet relancé l'enquête sur ce fait divers très médiatisé. "Malheureusement, si on est là, c'est qu'on veut que d'autres choses soient faites car ce n'est pas cette lettre qui donnera la vérité", a dit Me Gérard Welzer, l'avocat de Marie-Ange Laroche. Bernard Laroche était mort au moment de l'envoi de la lettre de menaces sur laquelle des ADN féminin et masculin ont été retrouvés, a rappelé l'avocat. Il va par ailleurs demander à ce qu'une nouvelle expertise de la voix du corbeau soit faite. La constitution de partie civile doit encore être acceptée par la cour de Dijon, chargée de l'enquête.



Vies "brisées"

Inculpé d'assassinat et placé en détention provisoire à la fin de l'année 84, Bernard Laroche - un cousin de Jean-Marie Villemin, le père du petit Grégory  - avait été remis en liberté en février 85, tout en restant inculpé du crime. Il avait été abattu par Jean-Marie Villemin le 29 mars 1985, devant son domicile.

Marie-Ange Laroche doit en outre publier mercredi un livre, "Les larmes oubliées de la Vologne" , aux éditions L'Archipel. Elle dit avoir écrit ce livre parce qu'elle "en a assez d'entendre que des mensonges. Depuis 25 ans, depuis que Bernard est mort, on en est toujours au même point et on enquête toujours que sur un homme".  La veuve, qui n'entretient plus aucune relation avec la famille Villemin et qui parle d'une "vie brisée" pour elle et ses deux enfants par cette affaire,  "garde l'espoir que les langues se délient un jour et que la vérité éclate". Le deuil de son mari, elle ne le fera que "quand il y aura le mot "innocent" inscrit à côté de son nom".

Etienne Sesmat attaque Welzer pour diffamation

TF1 News : La veuve de Bernard Laroche, un temps soupçonné d'avoir été le meurtrier du petit Grégory, a annoncé lundi qu'elle accepterait l'exhumation du corps de son mari si cela était nécessaire pour l'innocenter définitivement. Qu'en pensez-vous ?

Etienne Sesmat : Marie-Ange Laroche et son avocat, Me Welzer, ont surtout annoncé qu'ils n'accepteraient cette exhumation qu'une fois toutes les autres pistes explorées... Ils font notamment référence aux enregistrements audio du corbeau. C'est un argument bien spécieux, encore une diversion. Il leur appartient d'avancer la preuve que les évolutions des techniques dans ce domaine peuvent apporter des éléments nouveaux. Or, les experts sont très réservés sur le sujet. Qu'ils montent leur dossier et le présentent à la justice ! Tout le reste n'est que de la gesticulation médiatique. 


 
TF1 News : La découverte de deux ADN sur une lettre du corbeau représente-t-elle un espoir d'atteindre la vérité ?
E.S. :
Je suis raisonnablement optimiste. Tout élément peut nous aider à avancer vers la vérité mais il n'est pas certain que des résultats déterminants soient obtenus. Peut-être devrions-nous nous contenter de ce qu'il y a déjà dans le dossier... Celui-ci est moins vide et mystérieux que certains le laissent entendre.

TF1 News : Quelles sont les certitudes et les zones d'ombres dans cette affaire ?
E.S. :
Nous avons de nombreuses certitudes, notamment parce que chronologiquement et géographiquement les faits sont très délimités. On sait que Grégory a été vu pour la dernière fois par une tierce personne à 16h55 le jour de sa mort. Entre 16h45 et 17h15, le corbeau envoie une lettre. A 17h20, la disparition de l'enfant est signalée par sa mère. A 17h32, un appel à la famille Villemin revendique le meurtre. A 17h40, un témoin à  Docelles voit dans la Vologne une forme qui ne peut être que le corps de l'enfant. On le retrouve vers 21 heures. On est dans un créneau de temps extrêmement serré.
 
Par ailleurs, les circonstances du crime limitent considérablement son mobile. L'enquête est donc circonscrite dans un cercle socio-familial très limité et le nombre de personnes suspectes est extrêmement réduit ; leurs alibis ont été vérifiés. On ne peut que constater, 25 ans plus tard et après 9 années d'instruction, notamment  sous la direction de magistrats chevronnés à Dijon, que nous ne sommes jamais arrivés à sortir d'une dualité d'hypothèses : la mère, Christine Villemin, ou le cousin, Bernard Laroche
 


Le gendarme Bardot

Toutes les autres pistes ont été explorées ; elles se révèlent toutes improbables. La piste Christine Villemin a été explorée à 150% et il est certain -la justice l'a catégoriquement affirmé et cela est encore confirmé aujourd'hui avec les premiers résultats en ADN-  qu'elle est totalement innocente. Elle est aujourd'hui toujours mariée à son mari et a eu trois enfants. L'alibi monté pour la suspecter était aussi absurde qu'abject.
 
TF1 News : Et pour Bernard Laroche ?
E.S. :
Attention, je ne dis pas qu'il est le coupable. Tous mes propos sont appuyés sur des décisions de Justice. Et je dis qu'il ne faut pas oublier que dans l'arrêt rendu en 1993 par la cour d'appel de Dijon, et qui innocente Christine Villemin, il y a aussi tout un chapitre qui énumère toutes les "charges sérieuses" pesant sur Bernard Laroche dans l'enlèvement du petit Grégory : les expertises graphologiques, les expertises vocales, de nombreux témoignages...
 
L'action publique à son encontre est éteinte puisqu'il est mort mais la justice ne s'est pas interdit de mener des recherches dans cette voie car elles s'imposaient. Cela est difficile car toutes les vérifications et expertises qui auraient dues être faites, notamment durant les trois mois où il est resté emprisonné, n'ont pas été réalisées. On ne dispose par exemple d'aucune expertise psychiatrique à son sujet, alors que Christine Villemin a été examinée par neuf collèges d'experts en la matière !  Cela n'a pas été fait parce que des pressions ont été exercées sur le juge Lambert et qu'il y a eu une machination pour orienter toutes les investigations vers Christine Villemin. C'est aussi une des tristes et dures certitudes de ce dossier.
 
TF1 News : Votre enquête a été vertement critiquée. On vous a même accusé d'avoir poussé Jean-Marie Villemin à tuer Bernard Laroche. Que répondez-vous aujourd'hui ?
E.S. :
Ces accusations très graves relèvent tout simplement de la diffamation et elles vont être immédiatement traitées comme telles : mon avocat, Me. Thierry Marembert, a lancé une procédure de citation directe. Je rappelle que l'associé de Me. Welzer, Me. Prompt, a déjà été condamné l'an passé, à ma demande, pour diffamation suite à des affirmations mensongères du même acabit. Il y a des limites au mensonge et à la désinformation !



Je rappelle également que plusieurs plaintes ont été déposées contre nous, les gendarmes, en 1985. Faux, usage de faux, subornation de témoin, violation du secret de l'instruction ! Excusez du peu ! Elles se sont toutes soldées par un non-lieu en notre faveur et cela a été confirmé en appel puis par la cour de Cassation. Cela relevait de cette habituelle tactique de dèstabilisation pour tenter de dévaloriser notre enquête.
 
On nous a notamment attaqués sur les conditions dans lesquelles a été recueilli le témoignage de Murielle Bolle, la belle-sœur de Bernard Laroche. Elle a dit qu'elle était avec lui quand il a enlevé Grégory ; elle a réitéré ses propos devant le juge d'instruction, en tête-à-tête. Il n'y a jamais eu de pression sur elle, il faudrait vraiment être des salauds finis pour manipuler une gamine de 15 ans dans une affaire aussi grave ! La justice a établi que les conditions de son audition avaient été irréprochables. Elle s'est rétractée mais ses déclarations initiales sont-elles pour autant sans intérêt ? Non, car son témoignage est conforté et recoupé par de nombreux témoins. C'est cela qui donne du poids à des aveux.

Depuis 25 ans, la tactique de Me. Welzer est d'attaquer les personnes pour tenter de discréditer leur travail et d'affaiblir leur thèse. Ils l'ont fait contre les gendarmes, contre moi, contre certains experts, contre toutes les personnes qui se sont mises sur leur chemin et enfin contre le président Simon de la manière la plus vile. Vingt-cinq ans plus tard, Me. Welzer et sa cliente ressortent toujours les mêmes accusations ! Il faut avoir une bien piètre idée de la justice pour s'enferrer dans une telle tactique. Ils vont l'apprendre à leurs dépens.



Le gendarme Denis Klein
 
TF1 News : Vingt-cinq ans après les faits, c'est difficile pour un enquêteur de vivre avec une affaire non-résolue comme celle là ?
E.S. :
Non, cette affaire ne me hante pas comme certains le laissent entendre de manière déplacée. Nous avons fait notre travail comme nous devions le faire, en toute honnêteté et impartialité, avec méthode et intelligence, et en utilisant tous les moyens que nous avions à l'époque. Toutes les pistes à explorer ont été explorées, toutes les expertises à faire ont été faites. Les faits aujourd'hui nous donnent raison : 9 ans après, la justice est revenue sur la piste que nous suivions au bout de quinze jours d'enquête. Non, ce qui est usant et désespérant aujourd'hui, c'est de devoir sans cesse lutter contre les clichés, les caricatures, les contrevérités, les approximations. Les médias entretiennent par paresse ou par intérêt une impression de confusion et de mystère sur cette affaire certes complexe mais bien jalonnée tout de même.

TF1 News : Pensez-vous qu'un jour cette affaire sera résolue ?
E.S. :
Oui, parce que la police scientifique fait de rapides progrès et parce qu'il y a des témoins qui savent la vérité. Je pense qu'un jour les langues se délieront... Ceci dit, encore une fois, regardons tout ce qu'il y a dans ce dossier -décisions de justice, procès de Dijon, témoignages des uns et des autres...- et faisons-nous alors une idée. Et puis, faisons confiance en notre justice : l'affaire Grégory n'est pas une affaire médiatique, c'est une affaire judiciaire. La décision très courageuse a été prise de rouvrir le dossier. Attendons la suite... 

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