AFFAIRE DES FRERES JOURDAIN

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- Des bêtes au service de l'horreur ! -

Dans la nuit du 11 au 12 février 1997, quatre jeunes filles sont violées et assassinées alors qu’elles se rendent au carnaval du Portel, dans le Pas-de-Calais. Leurs assassins présumés, deux ferrailleurs récidivistes, encourent la perpétuité. Récit.

Peggy

Amélie

Isabelle

Audrey

Leurs avocats, tous deux commis d’office, ne se font pas grande illusion. Jean-Michel et Jean-Louis, les "frères Jourdain", dont le procès s’ouvre, en octobre 2000 devant la cour d’assises de Saint-Omer (Pas-de-Calais), ont "toutes les apparences contre eux", dit Me Antoine Deguines, défenseur de Jean-Michel, trente-huit ans. "Je n’ai pas l’habitude de refuser le sale boulot", explique simplement Me Antoine Duport, conseil de Jean-Louis, quarante et un ans. Ces hommes de robe le savent : s’il fallait établir une gradation dans le sordide, les faits reprochés à leurs clients l’emporteraient.

 

Les "inhumains"...!

Tandis que Jean-Michel Jourdain, après plusieurs déclarations contradictoires, prétend aujourd’hui n’être pour rien dans cette affaire et s’être contenté de "regarder la mer", son frère Jean-Louis l’accuse des principales violences sexuelles et des quatre meurtres. Lui, assure-t-il, se serait contenté de monter la garde dans le blockhaus, d’où les jeunes filles étaient emmenées l’une après l’autre par son frère, qui les achevait ensuite. Tout juste aurait-il mis "un doigt dans le sexe" de la dernière suppliciée, Audrey, qu’il reconnaît avoir lui-même conduite auprès de Jean-Michel, là-haut, sur la dune. Seule Peggy n'a pas été violée. L'une d'entre elles sera enterrée vivante...! Elles ont été battues violemment et étranglées...Dix jours après la disparition des adolescentes, c’est ce même Jean-Louis Jourdain qui a mené les enquêteurs sur l’emplacement exact du crime : un trou, sur une dune, qu’il admet avoir creusé. Les deux frères, qui s’accusent mutuellement des crimes, s’accordent néanmoins sur un point : ils ont bien pris les adolescentes en stop, dans leur camionnette, et ne se sont pas quittés cette nuit-là.


 

La camionnette (et l'intérieur) dans laquelle les enfants ont été transportés.

Ce 11 février 1997, comme chaque année, les alentours du Portel, où se déroule le carnaval, sont en liesse. Dans les foyers d’Outreau, petite bourgade de quelques milliers d’habitants, on pose une ultime touche aux déguisements. Chez les Merlin, Amélie, seize ans, sera un Pierrot rougeoyant, tandis que sa grande sour Peggy, plus âgée de deux ans, fera la marquise dans une magnifique robe bleu ciel. Une photo, prise par leur mère juste avant leur départ, les montre rayonnantes de joie. Impatientes, sans doute, d’aller rejoindre leurs copines, Audrey et Isabelle Ruffin, respectivement grimées en mousquetaire rouge et en Indienne. Ces quatre-là sont inséparables. Leurs parents ne se font aucun souci. Vers 22 h 30, elles s’élancent dans la nuit avec 100 francs en poche chacune, pas de quoi faire des folies, mais assez pour s’offrir quelques frites, quelques crêpes, et une ou deux boissons.

La "masure" des Jourdain

La "masure" des Jourdains

L'intérieur du taudis !

L'intérieur du taudis !


Mais les adolescentes ne
reviennent pas, au petit matin, dans leur famille respective. On prévient les autorités. A ce moment-là, pour la police, c'est une fugue... Thèse renforcée par le caractère exceptionnel de la disparition : on n'a jamais vu, en Europe, quatre filles de cet âge enlevées en même temps ! Alors, leurs proches organisent eux-mêmes les recherches. Ils fouillent toute la région, placardent des affiches. Et les témoignages arrivent. Ils parlent d'une camionnette faisant d'étranges allées et venues le soir du carnaval. Une piste qui les mène directement aux frères Jourdain… La police persiste : c'est une fugue.




La boucle d'oreille d'Audrey retrouvée dans la camionnette. Ce qui tendrait à croire que les enfants se sont déjà débattus à l'intérieur. Ce que réfuteront les frères Jourdain.

Dix jours après la disparition des jeunes filles, les frères Jourdain sont finalement arrêtés. Jean-Louis craque lors de sa garde-à-vue, et conduit les
policiers aux corps de Peggy, Amélie, Isabelle et Audrey. Après les avoir violées, martyrisées, les Jourdain les ont enterrées sur la plage de Sainte-Cécile, près du Touquet. Dans la région, la colère gronde. Leur équipée se terminera au fond d’une petite fosse sablonneuse. Quatre corps, jetés tête-bêche, face contre terre, encore revêtus de leurs accoutrements déchirés. L’homme qui désigne l’endroit aux gendarmes n’a pas un regret. Pas une larme.



La dernière photo d'Audrey

Jean-Louis Jourdain "n’a aucune barrière morale. Il n’en a jamais eu", explique Me Antoine Duport. Sous l’aspect "patibulaire" de son client se cacherait un homme au "caractère influençable", un "débile léger" subissant l’emprise de son frère Jean-Michel, véritable "chef" du clan Jourdain. Les deux hommes ont grandi ensemble à Dannes, 1 500 habitants, dans une masure entourée d’un terrain vague où s’entassent pneus et ferrailles. Deux chèvres, trois chiens, quelques poules pour meubler le paysage. Dans la bicoque, plusieurs générations d’êtres humains se côtoient. Mémère et pépère, d’abord. Lui est un vieillard, jadis violent, alcoolisé à l’extrême. Elle, soupçonnée d’inceste, s’est vu retirer ses neuf premiers enfants par les services sociaux.



Peggy et Amélie

Pour conserver les trois derniers, nés d’un deuxième lit, elle a refusé de les reconnaître. Jean-Louis, Jean-Michel et Jean-Luc, le troisième membre de cette joyeuse fratrie, sont donc officiellement nés de "mère inconnue". Chez les Jourdain, on vit de la récupération de ferraille et de la vente des moules. Les coups partent vite. Entre soi, mais aussi contre les voisins, les services sociaux, municipaux, préfectoraux accueillis par des bordées d’injures et des volées de boulons à chaque tentative d’approche. Les frères grandissent comme des enfants sauvages. Ils vont à l’école quand bon leur semble, sont repérés dès l’âge de huit ans pour des vols, sèment la terreur, et sont réformés par l’armée. L’âge venant, Jean-Luc trouve une concubine et installe tant bien que mal ses cinq enfants sous les tôles ondulées de la masure.




L'avis de recherches.

En 1995, Jean-Michel, le plus craint des trois frères, finit par s’installer non loin de là, à Étaples, avec son amie Christiane. Son frère Jean-Louis et sa concubine Marie-Claude les rejoignent. Chaque week-end, ils retournent ferrailler en famille. C’est à Dannes qu’ils planqueront, nettoieront et repeindront la camionnette utilisée la nuit du crime. À Dannes où, entourés d’un mur de haine, ils se sentent vraiment chez eux. Sans le moindre suivi social ni psychiatrique. Depuis longtemps, dans leur village, on les savait capables du pire !

 

Les frères maudits !

La justice, pourtant, les connaît bien. Outre quelques passages en correctionnelle, Jean-Louis et Jean-Michel Jourdain ont déjà eu affaire aux assises du Pas-de-Calais. Le premier, condamné pour viol en 1989, effectuera sept années de réclusion sur les dix auxquelles il était condamné. Le second est condamné une première fois en 1980 à dix années de prison, dont trois avec sursis, pour des attentats à la pudeur avec violence. En 1989, il écope de quinze ans de réclusion criminelle pour le meurtre par strangulation d’une ex-petite amie. Sa concubine l’attendra pendant six ans.



Jean-Louis lors de la découverte des 4 corps.

Connus pour leurs déviances et leur dangerosité, ils ont tous deux appris à lire et écrire en prison, mais aucun n’y a bénéficié de soins psychiatriques. Les faits leur étant reprochés étant antérieurs à la loi de 1998 instaurant un "suivi socio-judiciaire" pour certains condamnés, ils ne pourront, en l’état actuel des choses, être contraints à aucune mesure visant à éviter une nouvelle récidive. En ce mois d'octobre 2000, ce sont deux armoires à glace bourrées de Tranxène qui écopent de la réclusion à perpétuité assortie d’une période de sûreté de vingt-deux ans (20 ans pour Jean-Louis).



Les deux mamans.

Leur procès en appel en mars 2002, leur verra "servir" exactement la même peine...Et c'est pas plus mal...!

Plus jamais ça...!

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