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LES AILES DE LA SOUFFRANCE

Luc Taron, 11 ans, étranglé et assassiné
En ce début d’été 1964, la France est en pleine psychose. Depuis des semaines, des lettres signées « l’Etrangleur » parviennent à la police, aux journaux, aux radios. L’expéditeur y revendique le meurtre du petit Luc Taron, 11 ans, dont le corps a été retrouvé le 27 mai dans un bois de l’Essonne à Verrières le Buisson. « L’Etrangleur » menace de frapper encore. Il avait disparu le 26...

Dans tout le pays, les parents ne quittent plus leurs enfants des yeux. Les petits n’ont plus le droit de jouer dehors. Le 5 juillet, la police annonce avoir recueilli les aveux de Lucien Léger, un infirmier psychiatrique. Il grandit en banlieue parisienne dans une famille de 7 enfants. Son père est tourneur. Il effectuera son service militaire en Algérie. Il se mariera avec Solange, soeur d'un ami qu'il avait connu au service militaire. Il travaillera comme magasinier aux Editions Denoël avant d'être élève infirmier à l'hôpital psychiatrique de Villejuif. Ca c'était juste pour l'avant "étrangleur"...

A son arrivée au palais de justice, une foule compacte et menaçante l’attend. Lucien Léger se rétracte avant son procès, où il échappe de peu à la peine de mort. Pendant toute la durée de sa peine, il clame son innocence.

Le 27 juin 1964, Lucien Léger, porte plainte pour le vol de sa 2CV. Le 1er juillet, il informe les policiers qu’il a retrouvé son véhicule contenant des traces de sang, suite à un appel téléphonique anonyme. Le lendemain, " l’Étrangleur " revendique le vol. Lucien Léger enchaîne les interviews et les interrogatoires. Une perquisition menée à son domicile le désigne finalement comme le coupable. Il avoue. Durant dix mois, il s’en tient à la même version : il a rencontré l’enfant dans le métro, l’a amené dans les bois de Verrières et l’a tué sous l’impulsion d’une " force extérieure ". Le 11 juin 1965, Lucien Léger dément. Il incrimine un nommé " Henry ", pour qui il se serait dénoncé. Il reconnaît la rédaction de tous les messages de " l’Étrangleur ", à l’exception du premier. Jugé en mai 1966 à Versailles, il est condamné à la perpétuité. Personne ne croit ses déclarations, pas même son avocat, Me Albert Naud.

Après le verdict, il accuse Georges-Henri Molinaro, un ancien de la DST. L’homme ne sera jamais identifié. En 1974, Léger est plus précis : Molinaro et Jacques Salce ont enlevé le fils d’Yves Taron suite à un conflit financier afin de faire pression. Les deux hommes lui confient avoir tué accidentellement l’enfant. La femme de Lucien Léger, menacée par Salce, meurt dans des circonstances mystérieuses.

Lucien Léger, le plus ancien ex-détenu de France
Il présente sa première demande de liberté conditionnelle en 1979. Elle lui sera refusée, comme les douze suivantes. La quatorzième sera finalement accordée par la cour d’appel de Douai le 31 août 2005.
Ses parents, un de ses frères, sa femme sont morts tous les quatre pendant son incarcération. Son procès s’ouvrira le 3 mai 1966 devant la cour d’assises de Seine-et-Oise. Il sera condamné le 7 mai 1966 à la réclusion criminelle à perpétuité.

Oui, il est l'auteur de la cinquantaine de messages signés, en un peu plus d'un mois, par l'Etrangleur. Non, il n'a pas assassiné Luc Taron, le 26 mai 1964, dans les bois de Verrières-le-Buisson. Le meurtrier, qui lui aurait tout expliqué des circonstances de l'enlèvement, voulait se venger du père de l'enfant à la suite d'un différend financier. La mort de Luc serait un accident.

Pour disculper le mystérieux assassin, Lucien Léger s'est contenté de créer «un personnage de paranoïaque bien salé», comme il le dit aujourd'hui de l'Etrangleur. Le jour de sa condamnation à perpétuité par la cour d'assises de Seine-et-Oise, il s'indigne calmement du verdict. Le président lui demande pourquoi il ne s'est pas expliqué plus tôt et de façon plus convaincante. «C'est pour prouver qu'on fait des erreurs judiciaires dans les cours d'assises», répond-il étrangement. Avec lui, rien n'est simple. Il est lourd, Léger. Son histoire tient du roman. Mais pourquoi s'y cramponne t il depuis l'éternité? En prison, il a étudié la philosophie et le droit. Il est bien placé pour savoir que l'institution judiciaire déteste que l'on remette en question l'autorité de la chose jugée. «S'il avait reconnu le meurtre de Luc Taron, il serait dehors depuis au moins quinze ans», affirme Me de Felice.

On a longtemps fait croire que c'était la pire chose qui puisse lui arriver. Yves Taron, le père de la victime, a toujours prétendu qu'il lui ferait la peau. «Je le tuerai, affirmait, au début des années 1980, dans Paris Match, le fondateur de la Ligue nationale contre le crime et pour l'application de la peine de mort. Pas tout de suite, juste le temps de lui faire éprouver l'angoisse que ma femme et moi avons connue à l'époque.» Yves Taron s'est éteint voilà quatre ans.

Sa veuve ne veut plus entendre parler de vengeance, ni de rien. Sollicitée par le juge d'application des peines, elle exige simplement qu'en cas de libération, comme le prévoient les lois Perben, Léger s'abstienne de publier un livre sur son affaire. Le poète maudit a promis de ranger sa machine à écrire. Ce n'est pas la place qui manque, chez Lucien Bernhard, pour y raccrocher son vieux clou.

Une chambre sous les combles. Une chambre toute simple dans une maison toute simple, à Landas, près de Bapaume, avec des jardinières de fleurs en plastique, un canari dans une cage et la photo de Lucien Léger, sur le mur du salon, au milieu des portraits des aïeux. Cela fait plus de vingt ans que Lucien Bernhard, 58 ans, connaît son ami taulard. A l'époque, avec sa femme Françoise, il était à la tête d'une boulangerie artisanale et, accessoirement, d'une famille de huit enfants, «dont cinq adoptés», précise-t-il modestement.

On voit par là qu'il n'a pas seulement les cheveux ras et la barbe en collier d'un abbé Pierre qui aurait forcé sur le waterzoï. Lucien Bernhard a d'abord offert un travail, dans sa boulangerie, puis un toit à cet homme à qui tout le monde avait, depuis longtemps, tourné le dos. Aujourd'hui, il se réjouit qu'un comité de soutien se soit créé pour tenter de réveiller l'opinion. «En France, la durée moyenne de détention des condamnés à perpétuité est de 17,2 ans, souligne son responsable, Stéphane Troplain. Comment expliquer le cas Léger ?»

Oui, comment? Tous les week-ends, les deux Lucien se retrouvent au parloir. Ils préfèrent discuter d'autre chose. «On peut parler d'un tas de sujets avec lui: philosophie, politique intérieure, actualités internationales… Lucien lit tout, prend des notes sur tout. Dans sa cellule, il a même trouvé le moyen de bidouiller son poste de radio pour écouter une émission et en enregistrer une autre simultanément.» Les fariboles sur la suradaptation au milieu carcéral de ce vieux jeune homme font bondir Lucien Bernhard. «Depuis que je le connais, Léger est prêt à sortir.» Aujourd'hui, le boulanger à la retraite aimerait se persuader que son protégé, très bientôt, sera assis là, à la table familiale, les coudes posés sur la toile cirée.

Lucien Bernhardt, ami de longue date, chez qui il a prit domicile après sa libération
Il y a déjà longtemps qu'il a acheté pour lui une voiture d'occasion dont il lui remettra les clefs le jour de sa libération. Tellement longtemps qu'il ne se souvient plus de la marque. Lucien Bernhard fouille dans son portefeuille pour en extirper la carte grise. C'est une 205 Peugeot, un vieux modèle, «une antiquité», glisse-t-il en souriant. Une antiquité? Un bolide de compétition, oui, pour celui dont la dernière voiture était une 2 CV. La fameuse 2 CV que l'Etrangleur, dans l'un de ses ultimes courriers, prétendait avoir volée à un obscur infirmier psychiatrique de Villejuif. Mais c'est une vieille histoire. Une très vieille histoire dont personne ne sait, avec une absolue certitude, s'il faut enfin l'oublier. Personne sauf, peut-être, Lucien Léger.

Jusqu’au 03 octobre 2005, Léger était le plus ancien prisonnier de France.
Lucien Léger a été finalement libéré, après quarante et un ans de détention. Longtemps, Lucien Léger est resté dans les annales judiciaires pour l'affaire de l'Etrangleur. Puis, au fil des années et de ses treize et vaines demandes de libération conditionnelle formulées depuis 1979, il est devenu « le plus vieux prisonnier de France », emblème du débat et, pour certains, du combat autour des longues peines. Lucien Léger était libérable à partir de 1979. Plusieurs arguments ont été avancés pour expliquer le rejet de ses demandes de libération ou de grâce.

Lucien Léger a été retrouvé mort chez lui à Laon le 18 juillet 2008. Selon les éléments de l'enquête, il était décédé depuis 15 jours.
(source AFP)

PLUS JAMAIS CA...!!!
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